mardi 26 février 2013

Lettre du Comité MAORE au Président IKILILOU




Monsieur IKILILOU DHOININE
Président de l'Union des Comores
Palais de Beït Salam
Moroni

Objet : adresse publique portant sur la politique menée par votre Gouvernement Sur la question de l'île comorienne de Mayotte

Excellence, Monsieur le Président de l'Union des Comores,

Ces derniers mois, malgré vos prises de position publiques réaffirmant l'appartenance de Mayotte à l'Union des Comores, des faits sont posés qui non seulement prennent le contre-pied de votre orientation mais aliènent l'avenir de notre pays en confortant les prétentions françaises à ancrer définitivement Mayotte dans sa république.
 
L'accueil par nos autorités judiciaires d'une Commission Rogatoire Internationale délivrée par le juge d'instruction français BOEHRER, à partir de l'île comorienne de Mayotte occupée a dépassé toutes les limites, saccagé les bornes de notre constitution.
 
Il est encore plus inadmissible que non content de délivrer une commission rogatoire internationale insultante, cet homme soit autorisé à venir enquêter sur la zone non occupée de notre pays, flanqué de trois policiers.
 
Cela est d'autant plus inacceptable qu'il s'agit d'instruire sur des faits qui n'ont aucune qualification délictuelle aux Comores puisqu'il s'agit d'enquêter sur les déplacements de Comoriens de Mohéli, d'Anjouan ou de la Grande-Comore vers Mayotte occupée.
 
Si ces déplacements devaient faire l'objet d'une enquête quelconque ce ne serait certainement pas M.BOEHRER, ni aucun autre juge français qui serait compétent, mais bien nos magistrats comoriens.
 
La Venue de ce Monsieur sur notre territoire avec ses trois policiers pour enquêter sur les « clandestins comoriens à Mayotte » est une insulte insupportable à notre souveraineté et à notre dignité nationales.  
 
La mise sur pied d'une Commission Rogatoire Internationale qui autorise un juge d'instruction français à venir dans la partie indépendante du pays instruire une information judiciaire lancée à partir de Mayotte contre des ressortissants des autres îles comoriennes constitue à cet égard un acte juridique grave dont il est difficile d'apprécier toute la portée en termes de jurisprudence et de preuve de l'acceptation comorienne du fait accompli français à Mayotte.
 
Dans un passé récent, l'Etat comorien avait refusé qu'un concitoyen arrêté à Madagascar soit expulsé vers Mayotte. Le Chef de l'Etat comorien s'était personnellement engagé et avait considéré l'attitude malgache comme foncièrement inamical et entachant gravement les relations fraternelles entre les peuples comorien et malgache. Mieux encore, la justice comorienne avait refusé qu'un Comorien qui avait violée une française à Mayotte soit remis à la justice française. Ce malfaiteur a été jugé à Moroni et purge sa lourde peine dans nos prisons. Que s'est-il donc passé entre temps pour qu'aujourd'hui on autorise des juges et des enquêteurs français opérant à Mayotte à venir mener des enquêtes à Ngazidja et Ndzuwani ?
 
Nous tenons à rappeler qu'aux yeux des Comores, les déplacements entre les 4 îles sont complètement libres. Le problème concerne les conditions de voyage par mer et par air entre les 4 îles et cela ne concerne pas seulement les mouvements entre Maore et les autres îles. Comment peut-on autoriser ceux qui occupent par la force notre île à venir investiguer dans la partie indépendante de notre pays sur les déplacements entre Mayotte et les autres îles ? Notre Etat qui a plié face au chantage français sur le visa n'aurait-il aucune dignité ? Comment des hommes de loi comoriens peuvent-ils accepter de piétiner la Constitution du pays pour plaire à un pays étranger qui malmène notre pays des dizaines d'années durant ?
 
En agissant ainsi, la justice comorienne légitime l'annexion de Mayotte par la France et offre un argument de poids aux français dans leurs vaines tentatives de convaincre le monde sur la capitulation comorienne.Nous vous demandons donc, Excellence, Monsieur le Président de l'Union des Comores, de réagir fermement et de mettre un terme à ce pseudo instruction et de faire annuler tous les actes engagés ainsi que toutes les autorisations administratives données au juge Boehrer.
 
Nous pensons qu'il convient de mettre le holà à toutes les manigances qui sapent notre lutte pour le retour de Mayotte en engageant dès aujourd'hui, et avec esprit de suite, un combat pour que la question de l'île comorienne de Mayotte soit débattue à la prochaine session de l'Assemblée Générale de l'ONU avec l'adoption d'une résolution condamnant la politique française sur l'ile comorienne de Mayotte.
 
C'est dans cet espoir que nous vous prions d'agrée Excellence, Monsieur le Président de l'Union des Comores, l'expression de notre profond respect et nos vœux pour l'exercice de vos fonctions stratégiques pour le pays.
 
Moroni le 25 février 2013

lundi 25 février 2013

TOURNANTE POUR MAORAIS OU POUR MAYOTTE ?


La présidence tournante pour des Mahorais ou pour Mayotte?

Un Président mahorais pour les Comores, ou l’art de couper les cheveux en quatre

                                                                                                                                      Par ARM

 

      «La Présidence est tournante entre les îles. Le Président et les Vice- présidents sont élus ensemble au suffrage universel direct majoritaire à un tour pour un mandat de cinq (5) ans renouvelable dans le respect de la tournante. Une élection primaire est organisée dans cette île et seuls les trois candidats ayant obtenu le plus grand nombre de suffrage exprimés peuvent se présenter à l’élection présidentielle. Dans tous les cas la primaire ne peut s’organiser deux fois successives dans la même île. […].». Voilà ce que nous apprend, sur l’organisation de l’élection présidentielle aux Comores, l’article 13 de la Constitution comorienne du 21 décembre 2001 telle qu’elle sera révisée en 2009. Cet article 13 renvoie à une loi organique rédigée dans le pur style des textes juridiques comoriens, toujours très mal écrits, avec des articles pouvant comporter jusqu’à 20 alinéas confus, sans numérotation. Cela étant, quelque part au sein de l’article 1er de la loi organique du 4 juin 2005, on retrouve difficilement le passage suivant: «La présidence de l’Union est tournante. Au cours du mandat en cours, exercé par Ngazidja, le tour revient à Ndzuwani, puis Mwali, ensuite Maoré, sous réserve des dispositions de l’article 39 de la Constitution et ainsi de suite».

        Comme rien n’est simple en Droit comorien, nous continuons le match de ping-pong entre la Constitution et la loi organique, et prenons connaissance des dispositions de l’article 39 de la Constitution du 21 décembre 2001: «Les institutions de Maoré (Mayotte) seront mises en place dans un délai n’excédant pas six mois à compter du jour où prendra fin la situation qui empêche cette île de rejoindre effectivement l’Union des Comores. La présente Constitution sera révisée afin de tirer les conséquences institutionnelles du retour de Maoré (Mayotte) au sein de l’Union». La Constitution parle donc des institutions de Mayotte et non de la candidature de Mahorais à l’élection présidentielle, après une éventuelle «réunification» de l’Archipel.

        Autrement dit, la Constitution n’est pas un modèle de clarté sur un sujet aussi explosif, car l’organisation de l’élection primaire à Mayotte ou pour des candidats originaires de cette île n’est pas évoquée. On parle de Mayotte sans en parler. Mais, en même temps, il est dit à l’article 1er de la Constitution que «l’Union des Comores est une République, composée des îles autonomes de Mwali (Mohéli), Maoré (Mayotte), Ndzuwani, Ngazidja (Grande-Comore). […].». Or, la Constitution ne parle pas expressément du problème de l’élection primaire à Mayotte ou au profit de Mahorais, alors que l’État comorien considère Mayotte comme l’une de ses composantes.

        Autant il est permis à un Mahorais, en tant que Comorien de par la Constitution de l’Union, de prétendre à la magistrature suprême de son pays, autant on est en droit de se poser moult questions sur la manière d’organiser une élection primaire dont les candidats ne seraient que Mahorais: où organiser cette élection et sur la base de quelles listes électorales? Déjà, lors de l’élection présidentielle du 30 septembre 1985, quand la présidence tournante n’existait pas encore dans le système institutionnel des Comores, et quand les choses étaient beaucoup plus simples, Youssouf Saïd, un candidat mahorais, s’était présenté contre le Président Ahmed Abdallah, mais sa candidature avait été rejetée au prétexte que l’intéressé ne figurait pas sur les listes électorales aux Comores. Or, pour la symbolique, le Président Ahmed Abdallah était très mal inspiré de n’avoir pas autorisé cette candidature, quitte à organiser une fraude massive pour empêcher nolens volens l’élection du candidat Youssouf Saïd. Quel beau symbole aurait été une élection présidentielle comorienne à laquelle aurait pris part un candidat mahorais!

      Aujourd’hui, le journaliste Hakime Ali Saïd et les autres membres du Comité pour un Mahorais Président de l’Union des Comores revendiquent la présidence des Comores pour un Mahorais. Du point de vue du Droit, la question ne manque pas d’intérêt, et si elle obtient un soutien ferme de la part des acteurs politiques, elle risque de plonger les Comores dans une de ces crises politiques dont elles ont le secret. En même temps, si les Comores traitent cette affaire à la légère, elles prendront un grand risque, qu’on analysera notamment à la lumière de l’argument fort logique de Madame Sandati Abdou, Présidente des Femmes Leaders, qui estime, avec raison, que la candidature de Hakime Ali Saïd sera logiquement rejetée par «Moroni» et que ce rejet sera la preuve de la non-appartenance de Mayotte aux Comores. En effet, Madame Sandati Abdou martèle que «la candidature de Hakime Ali Saïd est, je trouve, légitime et normale. Et si Moroni accepte, ça veut dire qu’ils estiment que Mayotte appartient toujours aux Comores. Mais, comme je connais leur système, jamais ils ne diront “Oui”. Moroni dira directement “Non”. Et s’ils disent non, c’est la preuve qu’ils ont accepté que Mayotte est française. C’est la preuve aussi qu’ils acceptent la départementalisation de Mayotte». Les sceptiques peuvent rire, mais cette affaire est très grave. Tout bon juriste de Droit international public ou de Droit constitutionnel le confirmera.

        Cette gravité est d’autant plus réelle que les promoteurs de la candidature de Hakime Ali Saïd ne sont pas des partisans du rattachement de Mayotte aux Comores, mais, des gens qui font une certaine lecture de la Constitution comorienne et qui en exploitent l’une des nombreuses failles qui constituent sa trame. Quand on voit que la Présidente des Femmes Leaders, un mouvement très hostile aux Comores, boit du petit-lait en expliquant le piège tendu aux Comores et qu’elle encourage la candidature de Hakime Ali Saïd, il y a de quoi prendre peur si les Comores veulent continuer à revendiquer Mayotte en tant qu’île qui relève de leur souveraineté nationale. C’est une patate chaude aussi bien sur le plan juridique que sur le plan politique car, quelles que soient les arguties qui seront développées à Moroni, à Mayotte on va beaucoup rigoler en voyant les Comores pédaler dans la semoule.

        Dans l’argumentation des promoteurs de la candidature de Hakime Ali Saïd, la seule dynamique qu’on retrouve, est celle relative à l’arrêt des migrations comoriennes vers Mayotte, au développement des Comores et au placement des Comores au pays du mur. Sur le plan politique, les Comores ont intérêt à réfléchir sérieusement sur cette affaire qui va non pas dans le sens de la réunification de l’archipel, mais dans celui d’une campagne savamment orchestrée pour mettre les Comores en difficulté à partir des contradictions de la Constitution. Le «candidat» Hakime Ali Saïd lui-même crie haut et fort sa volonté de voir les Comores arrêter de harceler Mayotte et la France dans les conférences internationales, du fait de la présence française à Mayotte, présence tout de même voulue par l’écrasante majorité de la population de l’île. Quand Hakime Ali Saïd, dans un style provocateur bien rodé et dans un français bon père de famille, parle du développement de Mayotte, il l’envisage dans une perspective régionale et non comorienne. Pour sa part, Madame Sandati Abdou répugne à parler des «Comores» et de l’«Union des Comores», préférant «Moroni». Ce qui constitue le signe évident de la non-reconnaissance des Comores comme une entité viable et fiable.

        On va encore parler de la «déstabilisation» des Comores par la France. Or, en la matière, les Comores ne pourront rien prouver, alors que de lancinantes questions vont se poser sur cette candidature, dont l’acteur principal promet de réussir là où les autorités comoriennes ont échoué depuis 1975 en matière de développement économique et sociale. Cette candidature relève de la provocation, mais il s’agit d’une provocation intelligente puisque même les ultras des Femmes Leaders la soutiennent, dans le seul but de plonger les Comores dans l’embarras.

 
© www.lemohelien.com – Vendredi 22 février 2013.

LETTRE OUVERTE DE Me ELANIOU

                                                                     23 février 2013  

 LETTRE OUVERTE

 A

- MONSIEUR LE MINISTRE DES RELATIONS EXTERIEURES

- MONSIEUR LE MINISTRE DE LA JUSTICE

                                                                                      DE L’UNION DES COMORES.
   

Messieurs les Ministres,

Notre justice connait depuis quelques mois déjà une agitation extraordinaire au sens propre du mot.
Le 6 décembre 2012, un substitut du Procureur de la République du parquet de Moroni s’est permis de décerner mandat de dépôt contre un avocat qui n’a fait que son devoir d’assister ses clients ; qui pis est, l’incarcération s’est déroulée en violation de toutes les règles de la procédure, comme l’ont démontré à la barre tous les avocats du barreau de Moroni, unis autour de leur confrère.
L’audience plutôt kafkaïenne s’est pourtant achevée sur une condamnation lourde de…6 mois d’emprisonnement !!!
Quelques semaines après, le 20 février 2013, ce fut le tour des jeunes magistrats de déclencher un mouvement de grève pour protester contre l’arbitraire et la gabegie dans l’administration judiciaire, et partout dans la presse internationale, ce jugement sans appel : « la justice comorienne n’est plus crédible ! »
Malheureusement, Monsieur le Ministre, aucun juriste, à moins d’être flagorneur ou partisan, ne saurait dire le contraire.
J’en veux pour preuve l’incroyable collaboration que vous voulez imposer aux juridictions comoriennes avec l’occupant de l’île comorienne de Mayotte. 
Il semblerait en effet que les autorités judiciaires de l’occupant entendent arrêter « l’immigration clandestine » en associant nos juges dans la besogne et ils n’ont trouvé rien de mieux que d’ouvrir en zone occupée une information judiciaire confiée au juge BOEHRER, qui a immédiatement saisi d’une commission rogatoire internationale les juges comoriens se trouvant en zone libérée.
Le crime reproché aux mis en examen par le juge BOEHRER c’est d’avoir essayé de se rendre d’un point du territoire comorien (Anjouan) à un autre point (Mayotte.)
Cette commission rogatoire « internationale » a été adressée au Ministre comorien des relations extérieures par l’autorité occupant l’île comorienne de Mayotte pour être exécutée par le Ministre comorien de la Justice.
Traduit en langage simple, cela veut dire que l’autorité qui occupe une partie de notre territoire (Mayotte) vous demande de reconnaître que cette partie du territoire lui appartient définitivement, relève de sa nation, (la France) et que vous acceptez que les Comores n’ont que trois pattes comme dirait feu le Président ABDALLAH.
Exécuter cette commission, c’est accepter la sécession.
Evidemment, dans un pays où la justice n’est pas malade, cette commission serait tout simplement jetée à la poubelle, avant même d’arriver au ministère de la justice.
Je suis au regret de constater que non seulement, vous avez accepté de l’exécuter mais vous avez offert à l’occupant l’occasion de savourer une double victoire, puisque vous lui avez permis de venir faire lui-même dans la partie non occupée, en l’occurrence ANJOUAN, l’enquête judiciaire, se substituant ainsi au juge comorien.
M.BOEHRER, en effet, après une mission exploratoire qui s’est déroulée dans votre ministère dans des conditions qui l’ont surpris lui-même, revient en force avec « trois enquêteurs » , entendez trois policiers pour faire l  a police dans la zone libérée. Il s’agit de :
1.     Gilles REY, capitaine, commandant de la section des Recherches de Pamandzi 
2.     Thomas SHNEIDER, maréchal des logis-chef à la Section des Recherches de Pamandzi
3.     Olivier PERRAN, adjudant au Groupement d’Intervention Régional de Mayotte
En langage clair cela a un nom : faire entrer les loups dans la bergerie !
Il ne fait aucun doute que tous les dégâts quels qu’ils soient, matériels juridiques, humains, que ces loups pourraient causer, relèveraient entièrement de votre responsabilité.
je crois savoir que le juge d’instruction comorien spécialement chargé de servir de couverture à l’opération a été nommé par… décret présidentiel (!!!) doyen des juges d’instruction. Dois-je rappeler que la nomination du doyen des juges est une simple mesure administrative relevant de la compétence du président du Tribunal et qu’il est pour le moins curieux qu’on ait voulu enlever d’en haut cette prérogative à ce magistrat ? ?
Comme je comprends les jeunes qui ont refusé de salir leur robe neuve en participant à cette mascarade !
Je n’aborde pas dans cette lettre les aspects juridiques de cette commission rogatoire suis generis, qu’on ne peut trouver nulle part ailleurs dans le monde, mais je suis prêt à les exposer et à les expliquer « partout où besoin sera » selon la formule bien connue des auteurs de décrets.
je me permettrai simplement de vous rappeler que cela fait 38 ans que les Comores se sont libérées (partiellement, hélas !) de la colonisation française et qu’il n’est plus possible de continuer à ignorer le peuple comorien en agissant en son nom sans le consulter, sans consulter sa représentation nationale,
le Gouvernement de l’Union est responsable devant le peuple et c’est seulement ce peuple qui peut lui donner des ordres.
Dans sa lettre du 30 janvier 2013 l’Ambassadeur de France auprès de l’Union des Comores « prie le Ministère des relations extérieures de bien vouloir remercier d’ores et déjà les autorités judiciaires comoriennes pour leur disponibilité, leur diligence, et leur indispensable collaboration dans la conduite de ce dossier sensible. »
C’est, à peine édulcoré par la fausse courtoisie diplomatique, le « nandodje » de Baumer ou de L. Humblot.
Le peuple comorien ne peut pas accepter qu’un colonisateur sans vergogne donne l’ordre aux ministres du gouvernement comorien de piétiner le drapeau, la constitution et la législation de l’Union des Comores…… Jamais ! Et l’Histoire qui n’oublie rien s’en souviendra !

Vous devez des explications au peuple de votre pays et c’est pour cela que j’ai décidé de vous adresser une lettre ouverte. Les citoyens comoriens partout dans le monde vous regardent et vous écoutent.

Ali ABDOU ELANIOU
(Source : masiwamane, le blog de ELANIOU ) 

UNE MENACE POUR LA CONSTITUTION

La folie du pouvoir : Une menace pour la constitution de l'Union                           

Depuis quelques jours des voix s'élèvent pour demander une adaptation de la constitution de l'Union par rapports à des ambitions politiques personnelles.
Hakim Ali Said, journaliste à Mayotte, a manifesté son intention de prendre part au futur scrutin présidentiel de l'Union, quant à l'ancien président SAMBI, il propose de mettre fin à la tournante pour des fins personnelles.

L'article 13 de la constitution de l'Union amendée par la loi référendaire du 17 mai 2009 stipule :<< La Présidence est tournante entre les îles. Le Président et les Vice – présidents sont élus ensemble au suffrage universel direct majoritaire à un tour pour un mandat de cinq (5) ans renouvelable dans le respect de la tournante. Une élection primaire est organisée dans cette île et seuls les trois candidats ayant obtenu le plus grand nombre de suffrages exprimés peuvent se présenter à l'élection présidentielle.Dans tous les cas la primaire ne peut s'organiser deux fois successives dans la même île. Avant d'entrer en fonction le Président de l'Union et les Vice-présidents prêtent serment devant la Cour constitutionnelle selon la formule suivante et en comorien :
« Je jure devant Allah, le Clément et le très Miséricordieux de fidèlement et honnêtement remplir les devoirs de ma charge, de n'agir que dans l'intérêt général et dans le respect de la Constitution ».
Les conditions d'éligibilité et les modalités d'application du présent 
article sont fixées par une loi organique>>.
La loi organique portant sur les conditions d'éligibilité et les modalités d'application complète l'article 13, elle s'applique à tous les candidats à la présidentielle.
Dans l'esprit de la loi fondamentale, la tournante doit permettre à l'un des candidats qualifiés lors de la primaire insulaire de présider l'Union, il doit être natif de l'île dont échoit la présidence, autrement, c'est vider tout le sens de la présidence tournante.
Il est à noter que jusqu'à présent l'esprit de la constitution a été respecté.

Pour ce qui est du candidat mahorais, le juge constitutionnel doit se prononcer.
En effet dans le Titre IX –Des dispositions transitoires, l'article 44 stipule :<< Les institutions de Maoré (Mayotte) seront mises en place dans un délai n'excédant pas six mois à compter du jour où prendra fin la situation qui empêche cette île de rejoindre effectivement l'Union des Comores.
La présente Constitution sera révisée afin de tirer les conséquences institutionnelles du retour de Maoré (Mayotte) au sein de l'Union>>.

A la lecture de cet 
article, le candidat mahorais ne sera pas mandaté par les mahorais, la tournante n'a plus de sens lorsqu'elle ignore les électeurs de l'île, seuls détenteurs de la légitimité de leurs représentants lors de la primaire insulaire. Il serait étonnant également, d'observer que le juge constitutionnel balaie d'un revers de main la mise en place des institutions insulaires, condition indispensable pour avoir des représentants.

La constitution de 2001 est une réponse à une réalité historique : le particularisme insulaire.
Les identités communautaires, régionales, insulaires ont toujours influé dans les décisions politiques : qui peut le nier ?
La constitution de 1978, instituant les gouvernorats avec des gouverneurs élus, s'inscrivait déjà dans un cadre institutionnel dont l'objectif était l'autonomie des îles.
C'est précisément ce particularisme insulaire qui a pesé en partie dans le choix des mahorais de se distinguer politiquement des autres îles lors de l'indépendance des Comores.
Le problème comorien ne réside pas dans ses institutions, mais d'avantage dans la pratique de celles-ci, comme la conformité des décisions administratives à la légalité et de la loi à la constitution.
Selon le professeur Jean-Louis Quermonne :<< Le constitutionnalisme signifie que les pouvoirs publics, comme d'ailleurs les citoyens, sont tenus au respect de la constitution, ce qui entraine pour les partis l'obligation de faire preuve d'un consensus minimal(à condition, naturellement que les institutions aient été démocratiquement adoptées),et pour les pouvoirs publics de se soumettre au contrôle de la constitutionnalité et de la légalité de leurs actes par un organe juridictionnel indépendant.
Le président IKILILOU n'a pas reçu un mandat du peuple pour réviser la constitution afin de satisfaire l'appétit féroce de son prédécesseur ou l'ambition d'une personne.
Il a été élu non pas pour servir les intérêts d'un clan, mais ceux du peuple comorien.
Il a pour mission de s'occuper du quotidien des comoriens, préparer un avenir meilleur aux générations présentes et futures.
Nous ne pouvons pas revenir à un État unitaire centralisé dont les pouvoirs risquent d'être confisqués par un seul homme.
Sambi a violé la constitution en prorogeant son mandat, provoquant la colère des mohéliens , méconnaissant le principe de la non rétroactivité de la loi, principe constitutionnel,
la Cour constitutionnelle prise de court a fait de lui un président intérimaire, limitant ses pouvoirs, alors que rien ne justifiait la mise en place d'une période intérimaire illégale.

Le véritable danger pour les Comores n'est en aucun cas dans la tournante : elle est gage de stabilité politique comme l'autonomie des îles.
En revanche, la folie du pouvoir de quelques uns sur l'échiquier politique national constitue un danger pour la cohésion sociale.


Saïd Mohamed SAID ATHOUMAN

COMMUNIQUE COMITE MAORE

COMORES : MAORE RECLAME SA TOURNANTE


COMORES : MAORE RECLAME SA TOURNANTE
COMMUNIQUE DU COMITE MAORE
 
C'est à n'en pas douter l'événement de ce début d'année : un comité de personnalités maoraises annonce son intention de participer à la tournante 2016, puisque le tour revient à Maore après Ngazidja, Ndzuani et Mwali.
 
Ceux qui à Maore comme dans les trois autres îles, croyaient que la question maoraise était enterrée une bonne fois pour toute et qu'il ne fallait plus en parler en sont pour leurs frais. S'il fallait un fait concret marquant pour ouvrir les yeux aux dirigeants français eh bien le voilà. Qui aurait parié sur l'émergence, du sein de la classe politique maoraise d'un candidat aux présidentielles comoriennes de 2016 !? Quelles que soient les compromissions que l'Etat français arrachera par intimidation et chantage aux dirigeants comoriens, la question de l'île comorienne de Mayotte restera en travers de sa gorge jusqu'à ce qu'une voie vers l'unité des Comores soit trouvée.
 
Mais il convient de ne pas rapidement chanter victoire. Cette bonne chose peut évoluer vers une catastrophe. Eh oui si l'Etat comorien capitule et refuse à coups de sophismes pseudo juridiques la candidature de Hakim Ali Said, la France et ses affidés ergoteront sur l'exclusion de Maore de l'Union, et en tireront arguments pour « prouver » au monde la non appartenance définitive de Maore à l'Union des Comores.
 
Déjà on voit certaines spéculations sur les « institutions de l'île de Mayotte », un tour de passe-passe qui voudrait faire croire que la présidence de l'Union serait une institution insulaire et non de l'Union et que par conséquent un natif de Maore ne pourrait pas être président.
 
Il convient aussi de prendre en compte la difficulté, voire l'impossibilité d'organiser des primaires à Maore. Il faut que les institutions de l'Union, à savoir la Présidence de l'Union, l'Assemblée de l'Union et la Cour Constitutionnelle trouvent une parade à travers des lois organiques spécifiques.
 
En tout cas des nombreuses voix se sont déjà exprimées, saluant avec enthousiasme l'initiative maoraise. Il reste maintenant à la prolonger, à lui donner corps et espoir d'aboutir. A l'instar de ce qui s'est passé en 2010 quand des nombreux partis politiques se sont battus pour que la tournante aille à Mwali, il faut cette fois-ci engager le combat pour que la tournante aille à Maore en 2016. Sauf que cette fois-ci, il ne s'agit pas d'une bataille partisane mais de la lutte nationale des Comoriens pour la réintégration de Maore dans l'Etat comorien.
 
Eh oui,« Mayotte est comorienne et le restera à jamais ».
 
Moroni le 15 février 2013

 Tournante : Le tour de Mayotte s'invite au débat!


Nous sommes en 2013, l'échéance 2016 de l'élection présidentielle de l'Union s'invite au débat public. La question de la tournante, qui échoit à l'île de Mayotte, occupée par la France, surgit quand on s'y attendait le moins et par des personnes qui étaient loin, très loin des préoccupations de l'Unité des Comores.
 
Le journaliste maorais Hakime Ali Said, qui a été candidat aux élections législatives françaises à Mayotte, choisit ce moment pour créer la surprise, en se positionnant candidat aux élections présidentielles de l'Union, comme l'autorise la constitution. Il fait abstraction aux contraintes qui l'empêche de l'être, réduit le débat à la stricte limite et met la Cour constitutionnelle devant ses responsabilités.

Mais le débat ouvert, impliquant l'élite maoraise sur cette question, n'est pas fortuit. Il n'est pas non plus un acte de provocation gratuite. La constitution offre ce moment propice aux Maorais de démontrer leur désir de partager un destin commun et chiche! si à visage découvert, des Maorais de souche osent briser le tabou imposé, depuis plus de trente-huit ans déjà, et font tomber le mur de la mort qui les sépare du reste de l'Archipel des Comores.

La tournante entre les îles des élections présidentielles est la formule magique sortie des débats de la constituante pour donner satisfaction à la revendication des séparatistes anjouanais et aux relents sécessionnistes des autres îles pour un partage équitable des pouvoirs. Elle a permis de rassurer les îles de Ndzuwani, de Mwali, de Ngazidja et de Maore, de la possibilité pour les élites locales de prétendre à la présidence de l'Union et pour les îles d'administrer leurs propres affaires.

Mais la présidence tournante et les autonomies accordées aux îles avaient surtout pour but essentiel de créer les conditions institutionnelles pour permettre le retour de Mayotte dans un ensemble comorien. Quoi de plus normal aujourd'hui que le débat s'ouvre à Mayotte même. Dans l'accord-cadre de réconciliation nationale de Fomboni, du 17 février 2001, base politique du nouveau cadre institutionnel, les parties comoriennes signataires “saisissent l'opportunité de la réconciliation nationale en cours pour réaffirmer à la communauté internationale, et notamment à l'Organisation des Nations unies et à l'Organisation de l'Unité africaine, leur attachement à un règlement rapide et pacifique de la question de l'île de Mayotte. A cet égard, elles lancent un appel à la communauté internationale pour qu'elle mette à profit l'occasion offerte par la dynamique du nouvel ensemble comorien afin de faciliter le dénouement rapide et pacifique de cette question”.

Les signataires ont tenu, dans le chapitre “mécanisme de suivi de l'accord”, à rappeler à la communauté internationale, garant de l'accord, que la question de Mayotte est au centre de la problématique de la stabilité politique des Comores, Ndzuwani s'étant séparée des autres îles, en bénéficiant des appuis dans l'île comorienne occupée.

Dans ce débat, que certains veulent placer dans le terrain juridique seulement, alors que la question est d'abord éminemment politique, il n'est pas inutile de rappeler que la constitution comorienne ne dresse aucun obstacle pour la tenue des primaires à Mayotte, comme le laissent supposer certaines personnalités qui lisent avec une oeillère la constitution. La constitution met en place des dispositions transitoires, au cas où l'annexion française empêche la souveraineté du peuple comorien de s'exercer pleinement sur l'île comorienne.

Dans son article 13, la constitution révisée dit que “la présidence est tournante entre les îles. Le président et les vice-présidents sont élus ensemble au suffrage universel direct majoritaire à un tour pour un mandat de cinq ans renouvelable dans le respect de la tournante. Une élection primaire est organisée dans cette île et seuls les trois candidats ayant obtenu le plus grand nombre de suffrages exprimés peuvent se présenter à l'élection présidentielle. Dans tous les cas, la primaire ne peut s'organiser deux fois successives dans la même île”.

On ne peut sauter le tour de Mayotte aussi légèrement, sans risquer de décrédibiliser notre revendication territoriale. Le président de l'Union, garant de l'Unité et de l'intégrité territoriale doit apporter les preuves aux Comoriens et au monde entier, que la tournante maoraise est impossible à s'exercer en 2016. Le président de l'Union devrait, en principe, dans son discours annuel sur l'état de la Nation, rendre compte de l'évolution de ce dossier dont il a la charge. Tout comme le secrétaire général de l'Onu est tenu à présenter à l'Assemblée générale des Nations unies tous les ans, le degré d'évolution, les résultats des négociations entre la France et les Comores pour la réintégration de Mayotte.

L'article de la tournante en question est complété, il est vrai, par l'article 44, qui stipule que “les institutions de Maore (Mayotte) seront mises en place dans un délai n'excédant pas six mois à compter du jour où prendra fin la situation qui empêche cette île de rejoindre effectivement l'Union des Comores. La présente constitution sera révisée afin de tirer les conséquences institutionnelles du retour de Maore au sein de l'Union“. Trois ans, nous éloignent de l'échéance présidentielle...

On ne peut passer sous silence la loi organique de juin 2005, qui revient sur les conditions d'éligibilité du président de l'Union et aux modalités d'application de l'article 13 de la constitution, qui prévoit expressément que “la présidence de l'Union est tournante. Au terme du mandat en cours, exercé par Ngazidja, le tour revient à Ndzuwani puis Mwali ensuite Maore, sous réserve des dispositions de l'article 39 de la constitution (redevenu article 44 après révision évoqué ci-dessus)“.

On doit rappeler aussi que la Cour constitutionnelle, saisie par une requête du Comité Maore sur un quatrième vice-président originaire de Maore qui s'impose aux candidats aux élections, n'a pas jugé utile d'obliger les candidats à en présenter un quatrième, du fait que les électeurs maorais, entre autres arguments, n'émargent dans aucune liste électorale et que les conditions d'éligibilité des vice-présidents maoraisne sont pas réunies.

La constitution définit les conditions d'être électeurs ou éligibles, en stipulant que “tous les Comoriens des deux sexes âgés de dix huit ans au moins au 1er janvier de l'année du scrutin, ayant résidé six mois au moins dans le pays avant les élections, jouissant de leurs droits civiques et politiques et n'étant dans aucun des cas d'incapacités prévues par la loi ou prononcée par le juge“.

Le code électoral définit, avec précision, les “conditions requises pour être électeur”, précisant que “nul ne peut avoir la qualité d'électeur s'il n'est inscrit sur une liste électorale“. Les conditions du déroulement des élections prévoient également des institutions nationales et insulaires pour organiser et contrôler les primaires.

Un avis de juriste rappelle que “la règle constitutionnelle du principe de la tournante apparait comme objet de consensus politique réel avant d'y être consacré par les normes constitutionnelles et législatives. Il semble ainsi commander l'ensemble des équilibres entre les pouvoirs publics et son respect a pu s'imposer à ceux-ci, comme valeur supra-constitutionnelle... Dans son contexte politique, elle apparait aujourd'hui comme faisant désormais partie des principes fondant le régime constitutionnel comorien”.

Dans ce débat, la réalité de l'annexion de l'île par la puissance coloniale ne peut être ignorée. Mais, il s'agit pour nous de respecter la constitution comorienne sur le sujet et non pas évoquer des dispositions de la constitution de la puissance coloniale qui viole le droit international. Le président de l'Union a le devoir de convoquer les primaires à Mayotte.

Il appartiendra à la Cour constitutionnelle et à la Cour constitutionnelle seule, de tirer les conséquences de la présence française sur l'île de Mayotte et de déclarer l'impossibilité matérielle de tenir les primaires. Elle déterminera par la suite, les conditions de la tenue de l'élection présidentielle prochaine et de la nécessité de recommencer un autre cycle de tournante.

A défaut de délibérations de la Cour constitutionnelle sur le sujet, le débat politique sur la tournante doit revenir sur la table des négociations...

Ahmed Ali Amir
source  : Al Watwan

TOURNANTE 2016 POUR MAORE !

 

  TOURNANTE 2016 POUR MAYOTTE ! 

COMORES / TOURNANTE 2016 : MAYOTTE EMBROUILLE LES PISTES

 
En annonçant son intention de se présenter à la présidentielle de l'Union desComores en 2016, Hakim Ali Said inscrit de fait l'hypothèse d'une tournante mahoraise dans le champ du débat politique tout en jaugeant les réactions des opinions.

C'est ce qu'on appelle jeter un pavé dans le lagon. Inciter Mayotte à assumerla présidence de l'Union des Comores en 2016 selon le principe de la tournantecomme le prévoit la Constitution de l'Etat comorien, c'est ni plus ni moinsce que propose Hakim Ali Said. La star de « Mayotte 1ère » fait fort ! Même,Youssouf Moussa, l'icône du Front démocratique qui guerroie depuis desdécennies pour faire valoir la souveraineté comorienne sur la quatrième île del'archipel, n'y a pas pensé. Hakim l'a fait et ...de quelle manière !

Le journaliste est allé droit au but, à visage découvert et le plus officiellementdu monde. Une annonce à la Une de « France-Mayotte » un des quotidiensde l'île et en ouverture du JT du même jour sur la chaîne privée « Kwézi TV »,on ne fait pas mieux en matière de communication. La suite va de soi. Lesinternautes ont trouvé dans ces déclarations, le sujet en or pour alimenter larubrique « commentaires » des blogs et autres réseaux sociaux. Visiblementsurprise, la presse comorienne s'est contentée de reprendre l'info sanscommentaires. Quant à la rue mahoraise, elle s'est réveillée avec la gueule debois.

Il faut dire qu'au-delà du Buz, la nouvelle posture de l'ex-candidat à ladéputation à Mayotte, est une onde qui vient perturber les jeux politiquesaussi bien à Mayotte qu'en Union des Comores, à trois ans de l'échéance visée.A Mayotte d'abord où la départementalisation est perçu comme le derniermur où allait se fracasser toutes les velléités comoriennes sur la quatrième îlerestée française. L'annonce inattendue de Hakim Ali Said de postuler pour laprésidence comorienne au nom du droit de Mayotte à la tournante, révèle ainsiune faille insoupçonnée sur un statut qui devrait garantir à jamais l'ancragede l'île dans la République, signer la fin du long combat pour se « séparer desComores » et assurer que la revendication comorienne sur Mayotte était àjamais neutralisée, confinée hors du périmètre du lagon et vouée à la dilution.

En jetant le doute sur ces certitudes, Hakim Ali Said dévoile un jeu de poupéesrusses et signe une sorte de « fin des illusions ». De quoi embarrasser desMahorais qui pouvaient s'attendre à tout sauf à une hérésie provenant de sespropres fils. L'agora locale qui d'habitude s'enflamme à la moindre déclarationde Moroni concernant Mayotte, se découvre un mutisme inédit. Le média
public d'où est issu le journaliste, a tout simplement fait la sourde oreille sur ce qui en d'autres lieux serait au moins relevé dans la rubrique des petites phrases. Les quelques citoyens qui se sont prêtés au jeu des réactions se sont contentés d'évacuer ce spectre par un « de toute façon les Comoriens refuseront qu'un Mahorais préside les Comores » expliquait une femme au devant la caméra de « Kwézi-Tv ». Feindre la fiction pour éviter le débat.Voilà qui arrangerait bien tout le monde. Hakim Ali Said lui-même n'exclue pas un « NON » de Moroni qui « discréditerait toutes les condamnations de la France par les Comores sur la question de Mayotte ». Ce serait donc les Comoriens qui renieraient leurs frères mahorais en refusant de leur passer le relais. Fin de l'Histoire !

Et un OUI donc ?

La capitale comorienne qui découvre l'info que leur livre en brut la Gazettedes Comores de ce 12 février, n'a pas eu le temps de digérer la surprise.Bien que les ténors de la Grande Comore se mettent déjà en position dedépart pour l'après Mohéli, « la Cour constitutionnelle devra départagerles deux îles » (Grande-Comore et Mayotte), écrit la Gazette. En effet, sila Cour constitutionnelle est officiellement saisie en juillet prochain selon
l'agenda du journaliste-candidat et que celle-ci confirme la dispositionconstitutionnelle, « de nombreuses personnalités à Mayotte sont prêtes àrelever le défi, convaincues qu'un Mahorais à la tête de l'Union des Comoresservirait plus les intérêts des 3 îles et ceux de Mayotte », assure Hakim Ali Said. Un défi que le postulant à la présidence comorienne en 2016 attribue
aux générations à venir qui « ne doivent pas attendre tout de Paris, mais ontle devoir du courage pour changer les choses dans le respect des volontéspolitiques des uns et des autres ».

Hakim prévoit de saisir les instances internationales pour faire appliquer àMayotte la Constitution de l'Union dont l'île fait partie dans le papier. Il nepeut donc ignorer que cette dernière stipule dans ses dispositions transitoires(article 39), que « les institutions de Maore seront mises en place (....) àcompter du jour où prendra fin la situation qui empêche cette île de rejoindreeffectivement l'Union des Comores ». « Le risque est immense à l'heure oùMayotte attend de nombreux efforts du gouvernement en réclamant hautet fort l'égalité républicaine » note « France-Mayotte », le journal qui a faitl'échos des ambitions du journaliste.

En réponse à un obstacle qui provient plus à Mayotte que de Moroni, lediscours du candidat est volontairement alambiqué, construit pour êtreentendu par les « uns » sans choquer les « autres ». Un discours à la mesure dela schizophrénie, ce mal qui empêche cet archipel démantelé à se construireune vision de lui-même et un destin partagé.


Kamal'Eddine SAINDOU
Source : La gazette des Comores du 15 février 2013

dimanche 17 octobre 2010

Interview de Youssouf Moussa, le "militant professionnel" du FD sur la question de Mayotte

cheveux poivre-sel, la démarche lente et le verbe toujours haut, Youssouf Moussa n'a pas perdu de sa pugnacité, même si on l'entend moins ces dernières années sur la question de Mayotte. Alors que ses camarades de combat ont fini par succomber aux sirènes de la puissance coloniale, "ce militant professionnel " du Front démocratique (Fd) comme il se définit lui-même, n'a encore rien renié de ses convictions. A ceux qui le trouvent moins mordant qu'il ne l'était jusqu'ici, Moussa a une explication : "Aujourd'hui, pour faire de la politique, il faut disposer de moyens ". Mais, il se dit surtout affligé par les tergiversations des autorités comoriennes qui " semblent avoir rendu les armes ". Au lendemain de l'assemblée générale des Nations unies, votre magazine est allé à la rencontre de cet homme exceptionnel, grand débatteur devant l'eternel et ancien professeur de mathématiques.

Trente-cinq ans après la séparation de Mayotte du reste de l'archipel, quel regard portez-vous sur ce contentieux territorial entre Moroni et Paris ?

Aujourd'hui, face à une telle question, on est désarçonné. Ce qui saute aux yeux, ce que les perspectives sont moins prometteuses qu'elles ne l'étaient jusqu'ici. On a l'impression que l'horizon est bouché, que la France a gagné. Les Mahorais estiment que le problème est déjà tranché. Les gens s'aperçoivent que les autorités comoriennes ont renoncé à revendiquer l'appartenance de Mayotte à l'archipel. Les documents signés par l'ex-président Azali Assoumani reconnaissant qu'il y a deux entités, c'est-à-dire l'Union des Comores d'une part, et Mayotte d'autre part, sont là pour le prouver. On parle de partenariat et de collaboration pour réguler les flux migratoires. Le sentiment dominant est celui d'une sorte de capitulation. C'est triste.

Vous avez été très actif dans le combat pour la réintégration de Mayotte dans le giron comorien. Depuis quelques années, on ne vous entend presque pas. Etes-vous rattrapé par une certaine lassitude ou vous estimez que le combat est vraiment perdu ?

Le problème est que l'instance ou l'institution qui devrait être à la tête de ce combat a baissé les bras. Et ici (Ndrl : à Mayotte), les gens considèrent que c'est une cause perdue et qu'il n'y a donc pas lieu de continuer un combat sans issue. De nombreux partisans du Front démocratique (Fd) se sont retirés pour avoir la paix ; d'autres se sont rendus avec armes et bagages. Le cas le plus typique est celui de Said Omar Oili, ancien président du Conseil général, qui donne aujourd'hui raison à ceux qui se sont battus pour la sécession de l'île. Personnellement, si je ne suis pas actif, c'est parce qu'il faut des moyens pour faire de la politique. Nous ne sommes pas aux années 90. Nous n'avons jamais reçu le soutien des autorités comoriennes. Or, elles devraient aider ceux qui sont sur le terrain et militent. Cela étant dit, je reste toujours disponible.

Que pensez-vous de la proposition du président Ahmed Abdallah Sambi de « Un pays deux administrations » ?

A l'origine, cette proposition vient du Comité Maoré. Je trouve cette idée inadaptée au cas de Mayotte. On a voulu trouver des similitudes entre Mayotte et Hong-Kong. Or, à Hong-Kong, il s'agissait d'un bail. Au bout d'un certain temps, l'île devait revenir à la Chine. Ici, la France ne reconnait même pas la ?comorienneté' de Mayotte. Elle n'admet pas l'existence d'un problème territorial entre les deux pays. La seule question qui restait encore à régler était celle du statut. Et c'est déjà fait. Ainsi, cette proposition de « un pays, deux administrations » me parait absurde. Si la diplomatie comorienne était active, peut-être elle aurait pu amener la France à examiner cette offre de solution. Ce qui n'est pas le cas. Mais, il faut dire que ce n'est pas seulement le gouvernement qui a démissionné sur le sujet, les partis d'opposition aussi.

Comment avez-vous reçu l'idée de Mme Fatima Said de se proclamer gouverneure de Mayotte ?

Ce qu'il y a de positif dans cette affaire est qu'elle remet au goût du jour la question de Mayotte. Je lui ai écrit pour lui dire que j'étais à la fois intéressé et intrigué, étant donné que je ne suis pas à même de mesurer le degré de sérieux de cette initiative.

Comment analysez-vous l'évolution politique et économique de Mayotte de ces dernières années ?

A Mayotte, il y a, sur le plan des infrastructures, un réel développement. En apparence, les choses ont progressé. Les écoles sont là, le corps enseignant aussi,?Mais, le système de valeurs est renversé. Les jeunes se disent qu'il ne vaut pas la peine de se fatiguer puisque, après tout, il y aura toujours l'argent. 10% seulement des élèves du collège ont le niveau. Je tiens ces statistiques d'un enseignant. Pour acheter la paix sociale, on fait donc monter les enfants. Le coup de balai intervient en 3ème et en terminale. Les lacunes en français sont criantes. Sur le plan économique, c'est une greffe d'une société occidentale que la France essaie d'imposer à Mayotte. Aujourd'hui, les entrepreneurs locaux sont soit des Français, soit des Réunionnais. Les Mahorais sont là en spectateurs. C'est le même processus que dans les autres colonies, c'est-à-dire une société d'assistanat. On accorde par-ci par-là des subsides pour calmer les ardeurs des Mahorais. Non seulement les Français prennent du poids sur le plan économique, mais bientôt ils vont investir le champ politique. On verra ainsi des maires et des conseillers municipaux blancs. A Mayotte, on essaie de créer de toutes pièces une société française des tropiques.

Quelle serait votre propre approche pour résoudre ce conflit vieux de 35 ans ?

Le principal handicap est cette impression générale d'avoir perdu la bataille. Les Comoriens ont baissé les bras. On estime que ce n'est pas si mal finalement, puisqu'en pas de pépin, on pourra toujours se réfugier à Mayotte. On me l'avait déjà dit lors d'un meeting à Anjouan. C'est une marque de désespoir. Seul le gouvernement peut donner une impulsion nouvelle, un regain de confiance à la population.

Ce mois de septembre, la question de Mayotte va être, une fois encore, débattue à l'ONU. Pensez-vous que le règlement de ce conflit passe par l'Onu ou par un dialogue bilatéral ?

L'approche bilatérale, c'est ce qui se fait depuis plusieurs années. Lors de la conférence d'Addis-Abeba, l'ancien secrétaire général de l'Oua, Salim Ahmed Salim, nous avait reproché notre attitude. Lorsque l'Oua veut prendre des initiatives, les Comores disent toujours avoir entrepris des discussions au niveau bilatéral. Ce dialogue entre les Comores et la France est un marchandage ; autrement dit, les autorités comoriennes acceptent de mettre en sourdine la question pour obtenir en contrepartie quelque chose. Ca dialogue bilatéral n'aboutira à rien tant que la France ne reconnait pas l'appartenance de Mayotte à l'archipel des Comores. Je fais un parallèle de la France à Mayotte et la présence d'Israël dans les territoires occupés.

Le Gthn (Groupe de travail de haut niveau), mis en place par la France et les Comores régler ce contentieux territorial et parler des questions de circulation des biens et des personnes, a suspendu ses travaux à la demande des autorités comoriennes. Regrettez-vous cette décision ?

Le Gthn est une trouvaille de la France pour occuper les Comores pendant qu'elle préparait la départementalisation de Mayotte. C'est une diversion. Ce n'est pas le cadre adéquat. Ni les autorités locales (Mayotte), ni la France n'ont l'intention de résoudre ce problème de souveraineté. Le Gthn est une humiliation supplémentaire.

Comment appréhendez-vous les conséquences de la départementalisation à Mayotte ?

Il y a un ex-ministre français de l'Outre-Mer, Louis Le pensec, qui disait en 1988 : « L'application du droit coutumier français à Mayotte entrainera partout des ruptures et pas forcément des conséquences attendues ». C'est exactement à quoi nous assistons aujourd'hui, aussi bien au niveau foncier que celui de la religion, de l'état-civil,?Aujourd'hui, beaucoup de gens à Mayotte n'arrivent pas à renouveler leurs papiers et se trouvent donc dans des situations très difficiles. Ils risquent de devenir des Mahorais de nationalité indéterminée. La déclaration des naissances est récente, après 1977. Ceux qui sont nés avant cette date ont du mal à produire des documents. C'est le même problème sur le foncier. Les Mahorais ignorent ce qu'est un acte de propriété. Pour justifier de leur qualité de propriétaires, il leur faut engager des procédures judiciaires souvent longues, avec constitution d'un avocat. Or, ils sont pauvres. Beaucoup se retrouveront donc spoliés. Et les Wazungus vont acheter toutes ces terres.

Dans une requête adressée à la cour constitutionnelle, le Comité Maoré demande la création d'un poste de vice-président pour l'île de Mayotte. Comment jugez-vous cette proposition ?

L'Etat comorien devra être conséquent avec la constitution. La Constitution stipule clairement que les Comores sont composées de quatre îles. Au lieu de cela, on dit que les institutions vont s'appliquer une fois que Mayotte réintégrera le nouvel ensemble comorien. Mais quand ? Que fait-on pour cela ? On se contente d'un certain formalisme. Sous le régime Ahmed Abdallah Abdérémane, il y avait, au moins, un ministre mahorais.

On assiste à une forte migration de Mahorais vers la France. Comment expliquez-vous ce phénomène ?

Par des considérations financières. Ce que les gens ne trouvent pas sur place, ils vont là où ils croient possible d'en trouver. Cela a commencé par les femmes. Elles y vont pour toucher les allocations familiales et autres. Ces prestations n'existent pas à Mayotte. Ce mouvement a été, un moment, encouragé par l'Etat français, parce que moins on avait des gens à Mayotte, moins on aurait des problèmes.

N'avez-vous pas l'impression d'être seul à Mayotte dans ce combat pour le retour de l'île ?

Très peu de gens sont prêts à proclamer ouvertement leurs positions. Même si, dans les faits, ils se disent Comoriens, jamais ils n'iront réclamer le retour de Mayotte. En privé, ils livrent leurs sentiments profonds, y compris les dirigeants. Mais, il faut dire qu'il y a un climat de malaise par rapport aux prises de position des autorités comoriennes.

Les « clandestins » font l'objet d'une véritable chasse aux sorcières. Après qu'un maire eut décidé de bruler des cases de certains parmi eux (Hamouro), on refuse à leurs enfants le droit d'aller à l'école sans parler des conditions dégradantes du centre de rétention de Mayotte. Pourquoi tout cet acharnement ?

Il va sans dire que dans n'importe quel contexte de forte démagogie, on cherche toujours des bouc-émissaires. Ici, les Anjouanais sont pointés du doigt et cela ne date pas d'aujourd'hui. On s'en sert pour faire l'impasse sur les problèmes réels qui se posent ici. Un préfet de Mayotte disait qu'il fallait couper le cordon ombilical, fermer les frontières et chasser les Comoriens des autres îles. Mais, demander à un Mahorais de ne pas recevoir un « clandestin » est impossible. On ne peut pas chasser son oncle, son cousin,?Les liens familiaux sont une réalité. Les Mahorais sont donc dans une situation ubuesque. C'est la quadrature du cercle. Et les Français le savent.

Propos recueillis à Mayotte par Mohamed Inoussa
SOURCE: AL-WATWAN MAGAZINE

samedi 16 octobre 2010

Question de Mayotte « UN ETAT DEUX ADMINISTRATIONS »

La question de l’Ile comorienne de Mayotte s’est heureusement imposée dans le débat électoral.
Après la « sortie » de Mzimba qui a suscité un tollé général, le candidat Bianriffi, a eu du mal à cacher ses divergences avec son colistier.
Interviewé par HZK-LA GAZETTE DES COMORES, le candidat Abdou Djabir s’est aussi exprimé. Quand il parle de son amour pour les maorais, on s’aperçoit avec regret qu’il considère Mayotte comme une terre étrangère. Quoiqu’en termes plus mesurés, il rejoint quant au fond Mzimba dans les thèses qui rejettent la revendication pour faire primer la position des maorais comme voie de sortie.
Une opinion qui arbore le drapeau du pragmatisme pour cacher un ralliement avec armes et bagages au camp français. Car et il importe de bien le mettre en relief : le seul argument « crédible » des français se résume en une thèse : les maorais ne veulent pas réintégrer l’Etat comorien.
Depuis les années 1995, L’Etat français a mis les bouchées double en termes d’infrastructures, d’allocations diverses pour « ancrer » Mayotte dans la France. De l’autre côté, rien n’a été ménagé pour déstabiliser une Union des Comores pilotée par des équipes choisies à bon escient pour leur faible sentiment national, leur rapacité face aux deniers publiques, leur incurie, etc. On comprend dès lors que le simple bon sens conduit les maorais à ne pas vouloir entendre parler de ce pays dont la descente aux enfers, programmée par une puissance qui a fait ses preuves, rend la vie des simples gens de plus en plus difficile. Cela ne signifie pas que les maorais renoncent à leur comorianité ! Pas du tout, regardez-les défendre avec becs et ongles leur culture, leur langue, leur religion, etc. Non ce sentiment « anti-comorien » sur lequel surfe la propagande française s’observe sous d’autres formes dans les autres îles. Est-il loin le temps où le rattachisme à la France occupait les devants de la scène à Ndzuwani ? Pour échapper à la misère ambiante nombre de Comoriens opteraient pour n’importe quoi. Les regards sont principalement tournés vers l’extérieur, prêts à tout pour quitter le pays. Y a-t-il un pays au monde ayant le même pourcentage de population émigrée ? Cela ne signifie nullement une absence d’amour du pays, une absence de patriotisme. Non ! Cela traduit plutôt le découragement, l’absence de perspectives, le ras-le-bol face à une classe politique défaillante à tout point de vue, le dégoût face à ces « pseudo patriotes » qui se révèlent plus voraces encore.
Il faut donc que les équipes candidates aux présidentielles clarifient leurs orientations, qu’elles disent la politique qu’elles mettront en œuvre pour amener la France à restituer l’île comorienne de Mayotte.
Après bien des péripéties, des débats dans tous les sens, l’idée « UN ETAT DEUX ADMINISTRATIONS », formulée devant le monde entier par le Chef de l’Etat comorien a séduit et s’impose comme la proposition comorienne de règlement de la question de l’Ile comorienne de Mayotte.
Jusqu’ici la France la considèrerait en privé comme loufoque, officiellement elle ne s’est pas vraiment exprimée. Il ressort qu’elle éprouve une gêne certaine face à cette proposition si raisonnable qui met à nu son obstination insensé, un extrémisme indigne d’un grand pays membre du Conseil de Sécurité de l’ONU.
Certains patriotes rechignent pourtant face à cette proposition, considérant la similitude avec le règlement de la question de Hong Kong comme grossière. Les situations sont bien évidement différentes à tout point de vue, mais pourquoi ne pas s’inspirer de l’expérience de ceux qui réussissent ? Les chinois devaient rassurer leurs compatriotes hongkongais qui craignaient le socialisme, nous devons rassurer nos compatriotes maorais qui craignent la misère, la déliquescence de l’Etat comorien, etc. Dans les deux cas, il faut ouvrir une période intérimaire pour permettre une vraie réconciliation, des retrouvailles entre frères et sœurs séparés depuis longtemps. Si la proposition chinoise marquait la fin d’un bail, nous, nous commençons, nous nous dotons d’une arme pour donner consistance à notre revendication, ce faisant nous mettons les français le dos au mur.
L’autre critique concerne la manière de procéder. Le Chef de l’Etat comorien l’a bien explicité. Une fois que la France aura reconnu la vocation de Mayotte à réintégrer l’Etat comorien, toutes les portes seront ouvertes. Des négociations seront engagées entre toutes les parties, y compris bien sûr des représentants de Mayotte, il faudra définir une période de transition durant laquelle l’île comorienne de Mayotte sera administrée d’une façon particulière, une administration provisoire à laquelle la France participera pour garantir les acquis sociaux des maorais. C’est le sens des « DEUX ADMINISTRATIONS », une, indépendante pour les trois îles et une conjointe, comoro-française à Mayotte, une concession importante mais nécessaire à des retrouvailles pacifiques et harmonieuses.
La proposition « UN ETAT, DEUX ADMINISTRATIONS » est devenue celle du pays tout entier, elle n’appartient à personne. Elle a été formulée par le Président Sambi au nom du pays, pas au nom d’une tendance politique.
Il est du devoir des candidats de se prononcer face à cette proposition. Il est du devoir des journalistes comoriens de pousser dans leurs interviews, les candidats à prendre clairement position. L’enjeu est de taille. Il y va du devenir du pays. Il n’est plus possible d’élire une équipe en ignorant ses vues sur Mayotte.
En tout cas, ceux qui savent bien observer les choses, notent une montée significative du sentiment national comorien. Un jour viendra où notre peuple dira à son tour qu’il est débout et qu’aucun pays ne pourra plus le remettre à genoux.
Idriss (14/10/2010)
Publié par Idriss Mohamed Chanfi

LE CRIME DE HAUTE TRAHISON. par MOHAMED CHAHER.

De retour de vacances au pays, je me proposai de rouvrir notre blog en racontant d'abord ce que j'ai vu, entendu ainsi que les "ari-ari", mais voici que l'actualité m'oblige à commencer par cette question : qu'est donc le crime de "haute trahison " ?

Ce crime est prévu à l'article 30 de notre Constitution. Il l'était déjà dans des Lois Fondamentales antérieures dont celle de 1978. Mais les autorités en place semblent l'ignorer, ou alors il faudra leur définir quand et qu'est-ce que la "haute trahison".

Je dis, moi, que la 1ère et la plus haute trahison est celle qui porte atteinte à l'unité nationale et à l'integrité du territoire national. Sont donc coupables de ce crime tous ceux qui attentent à ces valeurs, et ce, quelle que soit leur fonction et d'abord à cause des fonctions qui sont les leurs. Car ce n'est pas le citoyen simple qui peut vraiment porter atteinte à l'unité et à l'intégrité du pays et du peuple .

Cet article 30 vise donc les responsables, chef d'Etat, ministres et autres gouvernants qui, par leurs actes ou par leurs paroles porteraient atteinte à l'unité nationale et à l'intégrité territoriale.

Et comment arriveraient-ils à le faire ? par leurs actes, leurs paroles ! et la jeune Histoire de notre pays nous donne les exemples.

D'abord le coup d'Etat d'ALI SOILIH en 1975 est le 1er exemple de ce crime, carexistent les documents (citons la lettre d'ALI SOILIH prévenant Marcel et Giraud du putch du 3 août) montrant que ce coup d'Etat a eu pour but de permettre à Mayotte de se détacher de l'ensemble national nouvellement indépendant. D'aucuns prétendent qu'Ali Soilih a été piégé, mais il était assez intelligent, disons-nous, pour comprendre que par son coup d'Etat, il allait affaiblir la position nationale dans ce différend sur Mayotte engagé par la proclamation unilatérale de notre indépendance. C'est "un coup d'Etat antinational ", proclamions-nous déjà en ce mois d'août 1975.

Le coup d'Etat du colonel AZALI en 1999 est un double acte de trahison, car il fut préparé par une campagne antianjouannaise à Moroni, parce que ensuite, il était destiné à mettre fin aux négociations entamées à Antananarivo en vue de mettre fin à la cessession des rebelles d'Anjouan.

Evidemment la cessession des anjouannais, anciens militaires de l'armée française, est un acte de hautre trahison, puisqu'ils allèrent jusqu'à proclamer une pseudo-indépendance de l'île d'Anjouan.

Mais sont aussi des crimes de haute trahison les actes et lettres qui, aux Nations Unies, ont eu pour but d'arrêter la revendication comorienne sur la partie encore occupée de notre territoire : Mayotte. Et les auteurs de ces actes et lettres étaient d'autant plus conscients de leur crime, qu'ils les commirent à la sauvette, les nièrent longtemps, pour ne les avouer et les reconnaître que lorsque les preuves furent étalées sur la place publique.

Alors, je pose la question : qu'attend-on pour traduire, pour haute trahison, devant la Cour Suprème, siégeant en Haute Cour de Justice, ces messieurs qui déambulent impunément dans les rues de nos villes, en se vantant les uns d'être entrés dans l'Histoire, les autres d'avoir échangé l'intégrité territoriale du pays contre une promesse d'un gymnase, ou un soutien pour revenir au pouvoir ?

Car ces gens-là lorgnent encore le pouvoir : ils veulent être élus gouverneurs des îles, président ou vice-président de l'Etat, ou ne désespèrent pas tout simplement de réussir un énième coup de force ! Pour quoi faire de notre pays, s'ils y arrivaient ? Pour finir de le dépécer et l'échanger !

Qu'Allah nous épargne de leur retour !

Mais au lieu de discutailler sur leurs actes et lettres, que ceux qui veillent sur l'unité nationale et l'intégralité territoriale, engagent la procédure pour faire traduire en Haute Cour de Justice, tous ces traitres de la Nation ! C'est là,tout ce qu'ils méritent.