lundi 25 février 2013

 Tournante : Le tour de Mayotte s'invite au débat!


Nous sommes en 2013, l'échéance 2016 de l'élection présidentielle de l'Union s'invite au débat public. La question de la tournante, qui échoit à l'île de Mayotte, occupée par la France, surgit quand on s'y attendait le moins et par des personnes qui étaient loin, très loin des préoccupations de l'Unité des Comores.
 
Le journaliste maorais Hakime Ali Said, qui a été candidat aux élections législatives françaises à Mayotte, choisit ce moment pour créer la surprise, en se positionnant candidat aux élections présidentielles de l'Union, comme l'autorise la constitution. Il fait abstraction aux contraintes qui l'empêche de l'être, réduit le débat à la stricte limite et met la Cour constitutionnelle devant ses responsabilités.

Mais le débat ouvert, impliquant l'élite maoraise sur cette question, n'est pas fortuit. Il n'est pas non plus un acte de provocation gratuite. La constitution offre ce moment propice aux Maorais de démontrer leur désir de partager un destin commun et chiche! si à visage découvert, des Maorais de souche osent briser le tabou imposé, depuis plus de trente-huit ans déjà, et font tomber le mur de la mort qui les sépare du reste de l'Archipel des Comores.

La tournante entre les îles des élections présidentielles est la formule magique sortie des débats de la constituante pour donner satisfaction à la revendication des séparatistes anjouanais et aux relents sécessionnistes des autres îles pour un partage équitable des pouvoirs. Elle a permis de rassurer les îles de Ndzuwani, de Mwali, de Ngazidja et de Maore, de la possibilité pour les élites locales de prétendre à la présidence de l'Union et pour les îles d'administrer leurs propres affaires.

Mais la présidence tournante et les autonomies accordées aux îles avaient surtout pour but essentiel de créer les conditions institutionnelles pour permettre le retour de Mayotte dans un ensemble comorien. Quoi de plus normal aujourd'hui que le débat s'ouvre à Mayotte même. Dans l'accord-cadre de réconciliation nationale de Fomboni, du 17 février 2001, base politique du nouveau cadre institutionnel, les parties comoriennes signataires “saisissent l'opportunité de la réconciliation nationale en cours pour réaffirmer à la communauté internationale, et notamment à l'Organisation des Nations unies et à l'Organisation de l'Unité africaine, leur attachement à un règlement rapide et pacifique de la question de l'île de Mayotte. A cet égard, elles lancent un appel à la communauté internationale pour qu'elle mette à profit l'occasion offerte par la dynamique du nouvel ensemble comorien afin de faciliter le dénouement rapide et pacifique de cette question”.

Les signataires ont tenu, dans le chapitre “mécanisme de suivi de l'accord”, à rappeler à la communauté internationale, garant de l'accord, que la question de Mayotte est au centre de la problématique de la stabilité politique des Comores, Ndzuwani s'étant séparée des autres îles, en bénéficiant des appuis dans l'île comorienne occupée.

Dans ce débat, que certains veulent placer dans le terrain juridique seulement, alors que la question est d'abord éminemment politique, il n'est pas inutile de rappeler que la constitution comorienne ne dresse aucun obstacle pour la tenue des primaires à Mayotte, comme le laissent supposer certaines personnalités qui lisent avec une oeillère la constitution. La constitution met en place des dispositions transitoires, au cas où l'annexion française empêche la souveraineté du peuple comorien de s'exercer pleinement sur l'île comorienne.

Dans son article 13, la constitution révisée dit que “la présidence est tournante entre les îles. Le président et les vice-présidents sont élus ensemble au suffrage universel direct majoritaire à un tour pour un mandat de cinq ans renouvelable dans le respect de la tournante. Une élection primaire est organisée dans cette île et seuls les trois candidats ayant obtenu le plus grand nombre de suffrages exprimés peuvent se présenter à l'élection présidentielle. Dans tous les cas, la primaire ne peut s'organiser deux fois successives dans la même île”.

On ne peut sauter le tour de Mayotte aussi légèrement, sans risquer de décrédibiliser notre revendication territoriale. Le président de l'Union, garant de l'Unité et de l'intégrité territoriale doit apporter les preuves aux Comoriens et au monde entier, que la tournante maoraise est impossible à s'exercer en 2016. Le président de l'Union devrait, en principe, dans son discours annuel sur l'état de la Nation, rendre compte de l'évolution de ce dossier dont il a la charge. Tout comme le secrétaire général de l'Onu est tenu à présenter à l'Assemblée générale des Nations unies tous les ans, le degré d'évolution, les résultats des négociations entre la France et les Comores pour la réintégration de Mayotte.

L'article de la tournante en question est complété, il est vrai, par l'article 44, qui stipule que “les institutions de Maore (Mayotte) seront mises en place dans un délai n'excédant pas six mois à compter du jour où prendra fin la situation qui empêche cette île de rejoindre effectivement l'Union des Comores. La présente constitution sera révisée afin de tirer les conséquences institutionnelles du retour de Maore au sein de l'Union“. Trois ans, nous éloignent de l'échéance présidentielle...

On ne peut passer sous silence la loi organique de juin 2005, qui revient sur les conditions d'éligibilité du président de l'Union et aux modalités d'application de l'article 13 de la constitution, qui prévoit expressément que “la présidence de l'Union est tournante. Au terme du mandat en cours, exercé par Ngazidja, le tour revient à Ndzuwani puis Mwali ensuite Maore, sous réserve des dispositions de l'article 39 de la constitution (redevenu article 44 après révision évoqué ci-dessus)“.

On doit rappeler aussi que la Cour constitutionnelle, saisie par une requête du Comité Maore sur un quatrième vice-président originaire de Maore qui s'impose aux candidats aux élections, n'a pas jugé utile d'obliger les candidats à en présenter un quatrième, du fait que les électeurs maorais, entre autres arguments, n'émargent dans aucune liste électorale et que les conditions d'éligibilité des vice-présidents maoraisne sont pas réunies.

La constitution définit les conditions d'être électeurs ou éligibles, en stipulant que “tous les Comoriens des deux sexes âgés de dix huit ans au moins au 1er janvier de l'année du scrutin, ayant résidé six mois au moins dans le pays avant les élections, jouissant de leurs droits civiques et politiques et n'étant dans aucun des cas d'incapacités prévues par la loi ou prononcée par le juge“.

Le code électoral définit, avec précision, les “conditions requises pour être électeur”, précisant que “nul ne peut avoir la qualité d'électeur s'il n'est inscrit sur une liste électorale“. Les conditions du déroulement des élections prévoient également des institutions nationales et insulaires pour organiser et contrôler les primaires.

Un avis de juriste rappelle que “la règle constitutionnelle du principe de la tournante apparait comme objet de consensus politique réel avant d'y être consacré par les normes constitutionnelles et législatives. Il semble ainsi commander l'ensemble des équilibres entre les pouvoirs publics et son respect a pu s'imposer à ceux-ci, comme valeur supra-constitutionnelle... Dans son contexte politique, elle apparait aujourd'hui comme faisant désormais partie des principes fondant le régime constitutionnel comorien”.

Dans ce débat, la réalité de l'annexion de l'île par la puissance coloniale ne peut être ignorée. Mais, il s'agit pour nous de respecter la constitution comorienne sur le sujet et non pas évoquer des dispositions de la constitution de la puissance coloniale qui viole le droit international. Le président de l'Union a le devoir de convoquer les primaires à Mayotte.

Il appartiendra à la Cour constitutionnelle et à la Cour constitutionnelle seule, de tirer les conséquences de la présence française sur l'île de Mayotte et de déclarer l'impossibilité matérielle de tenir les primaires. Elle déterminera par la suite, les conditions de la tenue de l'élection présidentielle prochaine et de la nécessité de recommencer un autre cycle de tournante.

A défaut de délibérations de la Cour constitutionnelle sur le sujet, le débat politique sur la tournante doit revenir sur la table des négociations...

Ahmed Ali Amir
source  : Al Watwan

TOURNANTE 2016 POUR MAORE !

 

  TOURNANTE 2016 POUR MAYOTTE ! 

COMORES / TOURNANTE 2016 : MAYOTTE EMBROUILLE LES PISTES

 
En annonçant son intention de se présenter à la présidentielle de l'Union desComores en 2016, Hakim Ali Said inscrit de fait l'hypothèse d'une tournante mahoraise dans le champ du débat politique tout en jaugeant les réactions des opinions.

C'est ce qu'on appelle jeter un pavé dans le lagon. Inciter Mayotte à assumerla présidence de l'Union des Comores en 2016 selon le principe de la tournantecomme le prévoit la Constitution de l'Etat comorien, c'est ni plus ni moinsce que propose Hakim Ali Said. La star de « Mayotte 1ère » fait fort ! Même,Youssouf Moussa, l'icône du Front démocratique qui guerroie depuis desdécennies pour faire valoir la souveraineté comorienne sur la quatrième île del'archipel, n'y a pas pensé. Hakim l'a fait et ...de quelle manière !

Le journaliste est allé droit au but, à visage découvert et le plus officiellementdu monde. Une annonce à la Une de « France-Mayotte » un des quotidiensde l'île et en ouverture du JT du même jour sur la chaîne privée « Kwézi TV »,on ne fait pas mieux en matière de communication. La suite va de soi. Lesinternautes ont trouvé dans ces déclarations, le sujet en or pour alimenter larubrique « commentaires » des blogs et autres réseaux sociaux. Visiblementsurprise, la presse comorienne s'est contentée de reprendre l'info sanscommentaires. Quant à la rue mahoraise, elle s'est réveillée avec la gueule debois.

Il faut dire qu'au-delà du Buz, la nouvelle posture de l'ex-candidat à ladéputation à Mayotte, est une onde qui vient perturber les jeux politiquesaussi bien à Mayotte qu'en Union des Comores, à trois ans de l'échéance visée.A Mayotte d'abord où la départementalisation est perçu comme le derniermur où allait se fracasser toutes les velléités comoriennes sur la quatrième îlerestée française. L'annonce inattendue de Hakim Ali Said de postuler pour laprésidence comorienne au nom du droit de Mayotte à la tournante, révèle ainsiune faille insoupçonnée sur un statut qui devrait garantir à jamais l'ancragede l'île dans la République, signer la fin du long combat pour se « séparer desComores » et assurer que la revendication comorienne sur Mayotte était àjamais neutralisée, confinée hors du périmètre du lagon et vouée à la dilution.

En jetant le doute sur ces certitudes, Hakim Ali Said dévoile un jeu de poupéesrusses et signe une sorte de « fin des illusions ». De quoi embarrasser desMahorais qui pouvaient s'attendre à tout sauf à une hérésie provenant de sespropres fils. L'agora locale qui d'habitude s'enflamme à la moindre déclarationde Moroni concernant Mayotte, se découvre un mutisme inédit. Le média
public d'où est issu le journaliste, a tout simplement fait la sourde oreille sur ce qui en d'autres lieux serait au moins relevé dans la rubrique des petites phrases. Les quelques citoyens qui se sont prêtés au jeu des réactions se sont contentés d'évacuer ce spectre par un « de toute façon les Comoriens refuseront qu'un Mahorais préside les Comores » expliquait une femme au devant la caméra de « Kwézi-Tv ». Feindre la fiction pour éviter le débat.Voilà qui arrangerait bien tout le monde. Hakim Ali Said lui-même n'exclue pas un « NON » de Moroni qui « discréditerait toutes les condamnations de la France par les Comores sur la question de Mayotte ». Ce serait donc les Comoriens qui renieraient leurs frères mahorais en refusant de leur passer le relais. Fin de l'Histoire !

Et un OUI donc ?

La capitale comorienne qui découvre l'info que leur livre en brut la Gazettedes Comores de ce 12 février, n'a pas eu le temps de digérer la surprise.Bien que les ténors de la Grande Comore se mettent déjà en position dedépart pour l'après Mohéli, « la Cour constitutionnelle devra départagerles deux îles » (Grande-Comore et Mayotte), écrit la Gazette. En effet, sila Cour constitutionnelle est officiellement saisie en juillet prochain selon
l'agenda du journaliste-candidat et que celle-ci confirme la dispositionconstitutionnelle, « de nombreuses personnalités à Mayotte sont prêtes àrelever le défi, convaincues qu'un Mahorais à la tête de l'Union des Comoresservirait plus les intérêts des 3 îles et ceux de Mayotte », assure Hakim Ali Said. Un défi que le postulant à la présidence comorienne en 2016 attribue
aux générations à venir qui « ne doivent pas attendre tout de Paris, mais ontle devoir du courage pour changer les choses dans le respect des volontéspolitiques des uns et des autres ».

Hakim prévoit de saisir les instances internationales pour faire appliquer àMayotte la Constitution de l'Union dont l'île fait partie dans le papier. Il nepeut donc ignorer que cette dernière stipule dans ses dispositions transitoires(article 39), que « les institutions de Maore seront mises en place (....) àcompter du jour où prendra fin la situation qui empêche cette île de rejoindreeffectivement l'Union des Comores ». « Le risque est immense à l'heure oùMayotte attend de nombreux efforts du gouvernement en réclamant hautet fort l'égalité républicaine » note « France-Mayotte », le journal qui a faitl'échos des ambitions du journaliste.

En réponse à un obstacle qui provient plus à Mayotte que de Moroni, lediscours du candidat est volontairement alambiqué, construit pour êtreentendu par les « uns » sans choquer les « autres ». Un discours à la mesure dela schizophrénie, ce mal qui empêche cet archipel démantelé à se construireune vision de lui-même et un destin partagé.


Kamal'Eddine SAINDOU
Source : La gazette des Comores du 15 février 2013

dimanche 17 octobre 2010

Interview de Youssouf Moussa, le "militant professionnel" du FD sur la question de Mayotte

cheveux poivre-sel, la démarche lente et le verbe toujours haut, Youssouf Moussa n'a pas perdu de sa pugnacité, même si on l'entend moins ces dernières années sur la question de Mayotte. Alors que ses camarades de combat ont fini par succomber aux sirènes de la puissance coloniale, "ce militant professionnel " du Front démocratique (Fd) comme il se définit lui-même, n'a encore rien renié de ses convictions. A ceux qui le trouvent moins mordant qu'il ne l'était jusqu'ici, Moussa a une explication : "Aujourd'hui, pour faire de la politique, il faut disposer de moyens ". Mais, il se dit surtout affligé par les tergiversations des autorités comoriennes qui " semblent avoir rendu les armes ". Au lendemain de l'assemblée générale des Nations unies, votre magazine est allé à la rencontre de cet homme exceptionnel, grand débatteur devant l'eternel et ancien professeur de mathématiques.

Trente-cinq ans après la séparation de Mayotte du reste de l'archipel, quel regard portez-vous sur ce contentieux territorial entre Moroni et Paris ?

Aujourd'hui, face à une telle question, on est désarçonné. Ce qui saute aux yeux, ce que les perspectives sont moins prometteuses qu'elles ne l'étaient jusqu'ici. On a l'impression que l'horizon est bouché, que la France a gagné. Les Mahorais estiment que le problème est déjà tranché. Les gens s'aperçoivent que les autorités comoriennes ont renoncé à revendiquer l'appartenance de Mayotte à l'archipel. Les documents signés par l'ex-président Azali Assoumani reconnaissant qu'il y a deux entités, c'est-à-dire l'Union des Comores d'une part, et Mayotte d'autre part, sont là pour le prouver. On parle de partenariat et de collaboration pour réguler les flux migratoires. Le sentiment dominant est celui d'une sorte de capitulation. C'est triste.

Vous avez été très actif dans le combat pour la réintégration de Mayotte dans le giron comorien. Depuis quelques années, on ne vous entend presque pas. Etes-vous rattrapé par une certaine lassitude ou vous estimez que le combat est vraiment perdu ?

Le problème est que l'instance ou l'institution qui devrait être à la tête de ce combat a baissé les bras. Et ici (Ndrl : à Mayotte), les gens considèrent que c'est une cause perdue et qu'il n'y a donc pas lieu de continuer un combat sans issue. De nombreux partisans du Front démocratique (Fd) se sont retirés pour avoir la paix ; d'autres se sont rendus avec armes et bagages. Le cas le plus typique est celui de Said Omar Oili, ancien président du Conseil général, qui donne aujourd'hui raison à ceux qui se sont battus pour la sécession de l'île. Personnellement, si je ne suis pas actif, c'est parce qu'il faut des moyens pour faire de la politique. Nous ne sommes pas aux années 90. Nous n'avons jamais reçu le soutien des autorités comoriennes. Or, elles devraient aider ceux qui sont sur le terrain et militent. Cela étant dit, je reste toujours disponible.

Que pensez-vous de la proposition du président Ahmed Abdallah Sambi de « Un pays deux administrations » ?

A l'origine, cette proposition vient du Comité Maoré. Je trouve cette idée inadaptée au cas de Mayotte. On a voulu trouver des similitudes entre Mayotte et Hong-Kong. Or, à Hong-Kong, il s'agissait d'un bail. Au bout d'un certain temps, l'île devait revenir à la Chine. Ici, la France ne reconnait même pas la ?comorienneté' de Mayotte. Elle n'admet pas l'existence d'un problème territorial entre les deux pays. La seule question qui restait encore à régler était celle du statut. Et c'est déjà fait. Ainsi, cette proposition de « un pays, deux administrations » me parait absurde. Si la diplomatie comorienne était active, peut-être elle aurait pu amener la France à examiner cette offre de solution. Ce qui n'est pas le cas. Mais, il faut dire que ce n'est pas seulement le gouvernement qui a démissionné sur le sujet, les partis d'opposition aussi.

Comment avez-vous reçu l'idée de Mme Fatima Said de se proclamer gouverneure de Mayotte ?

Ce qu'il y a de positif dans cette affaire est qu'elle remet au goût du jour la question de Mayotte. Je lui ai écrit pour lui dire que j'étais à la fois intéressé et intrigué, étant donné que je ne suis pas à même de mesurer le degré de sérieux de cette initiative.

Comment analysez-vous l'évolution politique et économique de Mayotte de ces dernières années ?

A Mayotte, il y a, sur le plan des infrastructures, un réel développement. En apparence, les choses ont progressé. Les écoles sont là, le corps enseignant aussi,?Mais, le système de valeurs est renversé. Les jeunes se disent qu'il ne vaut pas la peine de se fatiguer puisque, après tout, il y aura toujours l'argent. 10% seulement des élèves du collège ont le niveau. Je tiens ces statistiques d'un enseignant. Pour acheter la paix sociale, on fait donc monter les enfants. Le coup de balai intervient en 3ème et en terminale. Les lacunes en français sont criantes. Sur le plan économique, c'est une greffe d'une société occidentale que la France essaie d'imposer à Mayotte. Aujourd'hui, les entrepreneurs locaux sont soit des Français, soit des Réunionnais. Les Mahorais sont là en spectateurs. C'est le même processus que dans les autres colonies, c'est-à-dire une société d'assistanat. On accorde par-ci par-là des subsides pour calmer les ardeurs des Mahorais. Non seulement les Français prennent du poids sur le plan économique, mais bientôt ils vont investir le champ politique. On verra ainsi des maires et des conseillers municipaux blancs. A Mayotte, on essaie de créer de toutes pièces une société française des tropiques.

Quelle serait votre propre approche pour résoudre ce conflit vieux de 35 ans ?

Le principal handicap est cette impression générale d'avoir perdu la bataille. Les Comoriens ont baissé les bras. On estime que ce n'est pas si mal finalement, puisqu'en pas de pépin, on pourra toujours se réfugier à Mayotte. On me l'avait déjà dit lors d'un meeting à Anjouan. C'est une marque de désespoir. Seul le gouvernement peut donner une impulsion nouvelle, un regain de confiance à la population.

Ce mois de septembre, la question de Mayotte va être, une fois encore, débattue à l'ONU. Pensez-vous que le règlement de ce conflit passe par l'Onu ou par un dialogue bilatéral ?

L'approche bilatérale, c'est ce qui se fait depuis plusieurs années. Lors de la conférence d'Addis-Abeba, l'ancien secrétaire général de l'Oua, Salim Ahmed Salim, nous avait reproché notre attitude. Lorsque l'Oua veut prendre des initiatives, les Comores disent toujours avoir entrepris des discussions au niveau bilatéral. Ce dialogue entre les Comores et la France est un marchandage ; autrement dit, les autorités comoriennes acceptent de mettre en sourdine la question pour obtenir en contrepartie quelque chose. Ca dialogue bilatéral n'aboutira à rien tant que la France ne reconnait pas l'appartenance de Mayotte à l'archipel des Comores. Je fais un parallèle de la France à Mayotte et la présence d'Israël dans les territoires occupés.

Le Gthn (Groupe de travail de haut niveau), mis en place par la France et les Comores régler ce contentieux territorial et parler des questions de circulation des biens et des personnes, a suspendu ses travaux à la demande des autorités comoriennes. Regrettez-vous cette décision ?

Le Gthn est une trouvaille de la France pour occuper les Comores pendant qu'elle préparait la départementalisation de Mayotte. C'est une diversion. Ce n'est pas le cadre adéquat. Ni les autorités locales (Mayotte), ni la France n'ont l'intention de résoudre ce problème de souveraineté. Le Gthn est une humiliation supplémentaire.

Comment appréhendez-vous les conséquences de la départementalisation à Mayotte ?

Il y a un ex-ministre français de l'Outre-Mer, Louis Le pensec, qui disait en 1988 : « L'application du droit coutumier français à Mayotte entrainera partout des ruptures et pas forcément des conséquences attendues ». C'est exactement à quoi nous assistons aujourd'hui, aussi bien au niveau foncier que celui de la religion, de l'état-civil,?Aujourd'hui, beaucoup de gens à Mayotte n'arrivent pas à renouveler leurs papiers et se trouvent donc dans des situations très difficiles. Ils risquent de devenir des Mahorais de nationalité indéterminée. La déclaration des naissances est récente, après 1977. Ceux qui sont nés avant cette date ont du mal à produire des documents. C'est le même problème sur le foncier. Les Mahorais ignorent ce qu'est un acte de propriété. Pour justifier de leur qualité de propriétaires, il leur faut engager des procédures judiciaires souvent longues, avec constitution d'un avocat. Or, ils sont pauvres. Beaucoup se retrouveront donc spoliés. Et les Wazungus vont acheter toutes ces terres.

Dans une requête adressée à la cour constitutionnelle, le Comité Maoré demande la création d'un poste de vice-président pour l'île de Mayotte. Comment jugez-vous cette proposition ?

L'Etat comorien devra être conséquent avec la constitution. La Constitution stipule clairement que les Comores sont composées de quatre îles. Au lieu de cela, on dit que les institutions vont s'appliquer une fois que Mayotte réintégrera le nouvel ensemble comorien. Mais quand ? Que fait-on pour cela ? On se contente d'un certain formalisme. Sous le régime Ahmed Abdallah Abdérémane, il y avait, au moins, un ministre mahorais.

On assiste à une forte migration de Mahorais vers la France. Comment expliquez-vous ce phénomène ?

Par des considérations financières. Ce que les gens ne trouvent pas sur place, ils vont là où ils croient possible d'en trouver. Cela a commencé par les femmes. Elles y vont pour toucher les allocations familiales et autres. Ces prestations n'existent pas à Mayotte. Ce mouvement a été, un moment, encouragé par l'Etat français, parce que moins on avait des gens à Mayotte, moins on aurait des problèmes.

N'avez-vous pas l'impression d'être seul à Mayotte dans ce combat pour le retour de l'île ?

Très peu de gens sont prêts à proclamer ouvertement leurs positions. Même si, dans les faits, ils se disent Comoriens, jamais ils n'iront réclamer le retour de Mayotte. En privé, ils livrent leurs sentiments profonds, y compris les dirigeants. Mais, il faut dire qu'il y a un climat de malaise par rapport aux prises de position des autorités comoriennes.

Les « clandestins » font l'objet d'une véritable chasse aux sorcières. Après qu'un maire eut décidé de bruler des cases de certains parmi eux (Hamouro), on refuse à leurs enfants le droit d'aller à l'école sans parler des conditions dégradantes du centre de rétention de Mayotte. Pourquoi tout cet acharnement ?

Il va sans dire que dans n'importe quel contexte de forte démagogie, on cherche toujours des bouc-émissaires. Ici, les Anjouanais sont pointés du doigt et cela ne date pas d'aujourd'hui. On s'en sert pour faire l'impasse sur les problèmes réels qui se posent ici. Un préfet de Mayotte disait qu'il fallait couper le cordon ombilical, fermer les frontières et chasser les Comoriens des autres îles. Mais, demander à un Mahorais de ne pas recevoir un « clandestin » est impossible. On ne peut pas chasser son oncle, son cousin,?Les liens familiaux sont une réalité. Les Mahorais sont donc dans une situation ubuesque. C'est la quadrature du cercle. Et les Français le savent.

Propos recueillis à Mayotte par Mohamed Inoussa
SOURCE: AL-WATWAN MAGAZINE

samedi 16 octobre 2010

Question de Mayotte « UN ETAT DEUX ADMINISTRATIONS »

La question de l’Ile comorienne de Mayotte s’est heureusement imposée dans le débat électoral.
Après la « sortie » de Mzimba qui a suscité un tollé général, le candidat Bianriffi, a eu du mal à cacher ses divergences avec son colistier.
Interviewé par HZK-LA GAZETTE DES COMORES, le candidat Abdou Djabir s’est aussi exprimé. Quand il parle de son amour pour les maorais, on s’aperçoit avec regret qu’il considère Mayotte comme une terre étrangère. Quoiqu’en termes plus mesurés, il rejoint quant au fond Mzimba dans les thèses qui rejettent la revendication pour faire primer la position des maorais comme voie de sortie.
Une opinion qui arbore le drapeau du pragmatisme pour cacher un ralliement avec armes et bagages au camp français. Car et il importe de bien le mettre en relief : le seul argument « crédible » des français se résume en une thèse : les maorais ne veulent pas réintégrer l’Etat comorien.
Depuis les années 1995, L’Etat français a mis les bouchées double en termes d’infrastructures, d’allocations diverses pour « ancrer » Mayotte dans la France. De l’autre côté, rien n’a été ménagé pour déstabiliser une Union des Comores pilotée par des équipes choisies à bon escient pour leur faible sentiment national, leur rapacité face aux deniers publiques, leur incurie, etc. On comprend dès lors que le simple bon sens conduit les maorais à ne pas vouloir entendre parler de ce pays dont la descente aux enfers, programmée par une puissance qui a fait ses preuves, rend la vie des simples gens de plus en plus difficile. Cela ne signifie pas que les maorais renoncent à leur comorianité ! Pas du tout, regardez-les défendre avec becs et ongles leur culture, leur langue, leur religion, etc. Non ce sentiment « anti-comorien » sur lequel surfe la propagande française s’observe sous d’autres formes dans les autres îles. Est-il loin le temps où le rattachisme à la France occupait les devants de la scène à Ndzuwani ? Pour échapper à la misère ambiante nombre de Comoriens opteraient pour n’importe quoi. Les regards sont principalement tournés vers l’extérieur, prêts à tout pour quitter le pays. Y a-t-il un pays au monde ayant le même pourcentage de population émigrée ? Cela ne signifie nullement une absence d’amour du pays, une absence de patriotisme. Non ! Cela traduit plutôt le découragement, l’absence de perspectives, le ras-le-bol face à une classe politique défaillante à tout point de vue, le dégoût face à ces « pseudo patriotes » qui se révèlent plus voraces encore.
Il faut donc que les équipes candidates aux présidentielles clarifient leurs orientations, qu’elles disent la politique qu’elles mettront en œuvre pour amener la France à restituer l’île comorienne de Mayotte.
Après bien des péripéties, des débats dans tous les sens, l’idée « UN ETAT DEUX ADMINISTRATIONS », formulée devant le monde entier par le Chef de l’Etat comorien a séduit et s’impose comme la proposition comorienne de règlement de la question de l’Ile comorienne de Mayotte.
Jusqu’ici la France la considèrerait en privé comme loufoque, officiellement elle ne s’est pas vraiment exprimée. Il ressort qu’elle éprouve une gêne certaine face à cette proposition si raisonnable qui met à nu son obstination insensé, un extrémisme indigne d’un grand pays membre du Conseil de Sécurité de l’ONU.
Certains patriotes rechignent pourtant face à cette proposition, considérant la similitude avec le règlement de la question de Hong Kong comme grossière. Les situations sont bien évidement différentes à tout point de vue, mais pourquoi ne pas s’inspirer de l’expérience de ceux qui réussissent ? Les chinois devaient rassurer leurs compatriotes hongkongais qui craignaient le socialisme, nous devons rassurer nos compatriotes maorais qui craignent la misère, la déliquescence de l’Etat comorien, etc. Dans les deux cas, il faut ouvrir une période intérimaire pour permettre une vraie réconciliation, des retrouvailles entre frères et sœurs séparés depuis longtemps. Si la proposition chinoise marquait la fin d’un bail, nous, nous commençons, nous nous dotons d’une arme pour donner consistance à notre revendication, ce faisant nous mettons les français le dos au mur.
L’autre critique concerne la manière de procéder. Le Chef de l’Etat comorien l’a bien explicité. Une fois que la France aura reconnu la vocation de Mayotte à réintégrer l’Etat comorien, toutes les portes seront ouvertes. Des négociations seront engagées entre toutes les parties, y compris bien sûr des représentants de Mayotte, il faudra définir une période de transition durant laquelle l’île comorienne de Mayotte sera administrée d’une façon particulière, une administration provisoire à laquelle la France participera pour garantir les acquis sociaux des maorais. C’est le sens des « DEUX ADMINISTRATIONS », une, indépendante pour les trois îles et une conjointe, comoro-française à Mayotte, une concession importante mais nécessaire à des retrouvailles pacifiques et harmonieuses.
La proposition « UN ETAT, DEUX ADMINISTRATIONS » est devenue celle du pays tout entier, elle n’appartient à personne. Elle a été formulée par le Président Sambi au nom du pays, pas au nom d’une tendance politique.
Il est du devoir des candidats de se prononcer face à cette proposition. Il est du devoir des journalistes comoriens de pousser dans leurs interviews, les candidats à prendre clairement position. L’enjeu est de taille. Il y va du devenir du pays. Il n’est plus possible d’élire une équipe en ignorant ses vues sur Mayotte.
En tout cas, ceux qui savent bien observer les choses, notent une montée significative du sentiment national comorien. Un jour viendra où notre peuple dira à son tour qu’il est débout et qu’aucun pays ne pourra plus le remettre à genoux.
Idriss (14/10/2010)
Publié par Idriss Mohamed Chanfi

LE CRIME DE HAUTE TRAHISON. par MOHAMED CHAHER.

De retour de vacances au pays, je me proposai de rouvrir notre blog en racontant d'abord ce que j'ai vu, entendu ainsi que les "ari-ari", mais voici que l'actualité m'oblige à commencer par cette question : qu'est donc le crime de "haute trahison " ?

Ce crime est prévu à l'article 30 de notre Constitution. Il l'était déjà dans des Lois Fondamentales antérieures dont celle de 1978. Mais les autorités en place semblent l'ignorer, ou alors il faudra leur définir quand et qu'est-ce que la "haute trahison".

Je dis, moi, que la 1ère et la plus haute trahison est celle qui porte atteinte à l'unité nationale et à l'integrité du territoire national. Sont donc coupables de ce crime tous ceux qui attentent à ces valeurs, et ce, quelle que soit leur fonction et d'abord à cause des fonctions qui sont les leurs. Car ce n'est pas le citoyen simple qui peut vraiment porter atteinte à l'unité et à l'intégrité du pays et du peuple .

Cet article 30 vise donc les responsables, chef d'Etat, ministres et autres gouvernants qui, par leurs actes ou par leurs paroles porteraient atteinte à l'unité nationale et à l'intégrité territoriale.

Et comment arriveraient-ils à le faire ? par leurs actes, leurs paroles ! et la jeune Histoire de notre pays nous donne les exemples.

D'abord le coup d'Etat d'ALI SOILIH en 1975 est le 1er exemple de ce crime, carexistent les documents (citons la lettre d'ALI SOILIH prévenant Marcel et Giraud du putch du 3 août) montrant que ce coup d'Etat a eu pour but de permettre à Mayotte de se détacher de l'ensemble national nouvellement indépendant. D'aucuns prétendent qu'Ali Soilih a été piégé, mais il était assez intelligent, disons-nous, pour comprendre que par son coup d'Etat, il allait affaiblir la position nationale dans ce différend sur Mayotte engagé par la proclamation unilatérale de notre indépendance. C'est "un coup d'Etat antinational ", proclamions-nous déjà en ce mois d'août 1975.

Le coup d'Etat du colonel AZALI en 1999 est un double acte de trahison, car il fut préparé par une campagne antianjouannaise à Moroni, parce que ensuite, il était destiné à mettre fin aux négociations entamées à Antananarivo en vue de mettre fin à la cessession des rebelles d'Anjouan.

Evidemment la cessession des anjouannais, anciens militaires de l'armée française, est un acte de hautre trahison, puisqu'ils allèrent jusqu'à proclamer une pseudo-indépendance de l'île d'Anjouan.

Mais sont aussi des crimes de haute trahison les actes et lettres qui, aux Nations Unies, ont eu pour but d'arrêter la revendication comorienne sur la partie encore occupée de notre territoire : Mayotte. Et les auteurs de ces actes et lettres étaient d'autant plus conscients de leur crime, qu'ils les commirent à la sauvette, les nièrent longtemps, pour ne les avouer et les reconnaître que lorsque les preuves furent étalées sur la place publique.

Alors, je pose la question : qu'attend-on pour traduire, pour haute trahison, devant la Cour Suprème, siégeant en Haute Cour de Justice, ces messieurs qui déambulent impunément dans les rues de nos villes, en se vantant les uns d'être entrés dans l'Histoire, les autres d'avoir échangé l'intégrité territoriale du pays contre une promesse d'un gymnase, ou un soutien pour revenir au pouvoir ?

Car ces gens-là lorgnent encore le pouvoir : ils veulent être élus gouverneurs des îles, président ou vice-président de l'Etat, ou ne désespèrent pas tout simplement de réussir un énième coup de force ! Pour quoi faire de notre pays, s'ils y arrivaient ? Pour finir de le dépécer et l'échanger !

Qu'Allah nous épargne de leur retour !

Mais au lieu de discutailler sur leurs actes et lettres, que ceux qui veillent sur l'unité nationale et l'intégralité territoriale, engagent la procédure pour faire traduire en Haute Cour de Justice, tous ces traitres de la Nation ! C'est là,tout ce qu'ils méritent.

mercredi 1 septembre 2010

EN VACANCES !

Comme vous l'avez constaté, le blog n'est pas alimenté depuis un temps ! La raison est que je suis en vacances et où je les passe, la connection n'est pas toujours aisée, alors que l'actualité, est, elle, parfois digne d'être commentée. Partie seulement remise !
En attendant, bonne fin de ramadan à tous, et... Ide-el-fa'izin !
A bientôt.

mardi 29 juin 2010

LA CLAQUE, par Me Abdou ELANIOU

Nous l’avons reçue en pleine figure, la claque. Il y a longtemps qu’on aurait dû la recevoir ! Et d’ailleurs il est vrai, hélas ! que si on nous l’avait administrée plus tôt, nous n’en serions pas là !...peut-être !... Mais la « communauté internationale » est bien trop patiente ? bien trop polie ! Il faut le reconnaître et dire « merci !»
D’ailleurs, on a déjà dit merci cent fois ! Ci et là, j’entends fuser des louanges à l’endroit d’une communauté internationale qui nous a doublement insultés ! En nous imposant un calendrier électoral, elle nous renvoie à trois vérités qu’il est très difficile d’avaler parce qu’elles sont très amères et parce qu’elles contiennent beaucoup d’autres, toutes plus amères les unes que les autres !...Trois vérités-mères qu’il faudra accoucher pour découvrir toutes les autres :
Nous ne croyons ni à nos lois ni à nos institutions,
Nous sommes incapables de nous entendre pour trouver une solution à nos différends,
Quand on nous en impose une, nous sommes incapables de la refuser .
On comprend l’indignation du Dr MOUTHAR qui dans un discours très officiel et devant le Chef de l’Etat, a fustigé l’attitude de la fameuse « communauté internationale » . J’invite tout le monde à partager cette indignation mais à une condition : que tout le monde reconnaisse que nous nous sommes nous-mêmes couverts de ridicule !
Je sais, c’est très dur à avaler et surtout à dire ! Mais c’est à ce prix que nous pourrons un jour remonter à la surface ! Car nous sommes pour le moment au fond du gouffre, et personne ne me contredira. Tout aurait dû s’arrêter au niveau de la Cour constitutionnelle. Bien sûr elle avait mal fait son travail. Quand elle nous a lancé sa patate chaude, nous étions un certain nombre à appeler de nos vœux un sursaut rationnel, un réflexe juridique qui nous aurait conduits devant la même cour pour en repartir plus rassérénés et plus forts. Il semble que finalement la juridiction ait été saisie en interprétation, au dernier moment, mais qu’elle aurait gardé un silence prudent en attendant les résultats des démarches de l’Ambassadeur RAMTANE LAMAMRA….
Mon Dieu, faites que ce que j’entends et que je vois ne soit qu’un mauvais cauchemar ! Et l’Ambassadeur a, lui, fait son travail ! Il nous est revenu avec une proposition….. qu’on ne peut pas refuser !!!
ll fallait attendre l’interprétation que la Cour ferait de son propre arrêt ! mais on s’est « méfié d’elle » et elle s’est méfiée d’elle-même ! Elle devait siéger en urgence et sortir le pays de l’impasse. On attend toujours sa décision ! On s’est emballé et chacun voulant avoir raison, on avait peur que la raison soit avec l’adversaire !
Il est un fait historique d’une importance capitale pour notre pays. Il ne faudra jamais l’oublier : l’ingérence, c’est nous qui l’avons invitée ! Rappelez-vous ! En 1997, quand il fallait prendre une décision politique difficile, personne ne voulait s’engager, on s’est débarrassée du problème sur tout ce que la terre comorienne pouvait contenir de délégations étrangères et cela a donné ADDIS- ABABA, et cela a donné ANTANANARIVO, et cela a donné un coup d’Etat !!!
Une anecdote tout à fait édifiante à cet égard : l’époque a coïncidé avec le départ définitif d’une fonctionnaire internationale. Dans son pot d’adieu, cette personne nous avait traités d’incompétents, mais elle l’avait dit avec telle ment de conviction, tellement de finesse aussi (hé oui !) qu’on a cru que c’était vraiment d’elle-même qu’elle parlait quand elle disait : « j’étais incompétente !!!... » avec un sourire qui en disait long !
Bien sûr, il fallait se faire aider mais pas de la façon dont nous nous étions pris…On connaît la suite de cette triste aventure séparatiste ( aujourd’hui derrière nous, vous croyez ?)
Nous avons invité nous-mêmes cette communauté internationale, nous lui avons confié le sort du pays au lieu de prendre nous-mêmes les résolutions et les décisions qui s’imposaient parce que…..Nous étions simplement incapables de le faire !!!
Pour lancer les réflexions, il suffira peut-être de nous demander pourquoi nous sommes incapables de discuter calmement ensemble et d’ouvrir à chacun une porte de sortie. Pourquoi ?
Nous parlons beaucoup, mais sans croire à la force de la parole donnée ? Pourquoi ?
Ce que nous décidons aujourd’hui, personne ne peut nous garantir que demain, ce ne sera pas un chiffon de papier. ? Pourquoi ?
Nous voulons être démocrates mais sans accorder aucun crédit à la loi ? Pourquoi ?
Que de fois, au cours de discussions très sérieuses n’a-t-on pas entendu : « ce n’est que la loi, ce n’est pas le Coran ! » exactement pour dire qu’on n’est pas tenu de la respecter !!! Pourquoi ?
Le fameux consensus qu’on nous sert à toutes les sauces, c’est ni plus ni moins, cette réaction de fuite qui par définition nous éloigne de la norme fixée d’avance, donc nous jette dans l’irrationnel intégral et ouvre la porte à toutes les divagations…..Pourquoi ?
Arrêtons cette litanie de questions et de malheurs. Comme l’automobiliste qui s’est trompé d’itinéraire, faisons plutôt machine arrière ! Revenons à la source, au point de départ, revenons à 1975 ! Et justement le 6 juillet ce sera dans quelques jours !
1975-2010 ! 35 ans d’indépendance ! Si on le tire de la litanie, le bilan est vite fait :
Toute notre histoire de l’indépendance, montre qu’à aucun moment nous n’avons su surmonter nos difficultés, quelles qu’elles soient, (financières, politiques, économiques ou même sociales)…, sans l’intervention de l’extérieur !...
Etre indépendants, c’est quoi ? Notre indépendance est à conquérir, et cette fois, ce sera un peu plus difficile, car il faudra l’arracher non pas à un bouc-émissaire mais bel et bien à un invité très courtois, très bien élevé qui garde le sourire même si on est désagréable, parce qu’il sait que nous nous sommes arrangés pour avoir toujours besoin de lui : nous avons des lois pour la parade, des jugements-joujoux, des institutions pour faire joli, et des principes pour parler comme tout le monde ! 35 ans !....si nous continuons dans la même direction, l’invitée d’honneur aura encore des beaux jours sous notre ciel bleu…. !

Source : Me ELANIOU http://masiwamane.over-blog.com

samedi 26 juin 2010

Comment le séparatisme est-il devenu une gangrène ? de KAMAL SAINDOU

En 1999 lorsque les principales forces politiques comoriennes, réunies à Antananarivo, échafaudaient l’Union des Comores sur les ruines de la République, des esprits prudents étaient réservés sur cette architecture dont le nom de “Nouvel ensemble comorien“ sorti du chapeau de la Communauté internationale est en soi intriguant. Mais face à la vitesse avec laquelle la lame de fond de ce mouvement inattendu a déferlé sur le pays, les acteurs politiques comoriens ont très vite attrapé la première bouée tendue. Peu importait alors la main du secoureur, c’est l’opportunité qu’ils avaient de sauver leur peau qui comptait. D’autant plus que pour la plupart de ces groupes politiques, cette déferlante ne pouvait que mieux tomber pour emporter un gouvernement dont ils étaient, tous, farouchement hostiles. L’on pourrait attribuer l’opportunisme qui a suivi les premières secousses séparatistes à l’effet de surprise si l’histoire politique post indépendance de ce pays n’était pas celle des capitulations. Déjà en 1975, lorsqu’Ahmed Abdallah Abdérémane opte pour l’indépendance unilatérale pour anticiper les marchandages sur le petit “non“ mahorais, ses opposants ne se sont pas gênés de troquer la souveraineté du jeune Etat contre l’illusion d’un aménagement politique avec le Mouvement populaire mahorais. Le coup d’Etat du 3 août 1975 n’aura permis qu’une chose : la sécession de Mayotte qui inaugure le lent processus de démantèlement du pays sous la forme d’une crise institutionnelle permanente. Quand Ali Soilih, le principal auteur de ce premier putsch, réalisa qu’il fut égaré, le ver était déjà dans le fruit. Et ce n’est faute d’avoir été averti par quelques partisans lucides comme Abdoubacar Boina, qui témoigna plus tard avoir exprimé son scepticisme sur le bienfondé d’un putsch qui minait les espoirs d’aboutissement d’une revendication soutenue par la quasi-totalité des Comoriens. Trois ans plus tard, Ali Soilih payera de sa vie sa tardive prise de conscience.

De son exil parisien, Ahmed Abdallah accepte de reprendre du service non sans avoir souscrit au projet de la rue Oudinot d’une indépendance cadrée par l’étrange principe “des entités régionales” inspiré du fameux pluriel “des populations” imposé dans les Accords du 15 juin 1973(1). La constitution fédérale qu’il ramène de son exil parisien le 13 mai 1978 était la condition de sa réinstallation au pouvoir.

Depuis, tous les locataires de Beit Salam apprirent qu’il y a des limites qu’on ne franchit pas. Les uns se sont faits une raison de leur survie politique ; les autres y ont laissé leur peau. Au temps des coups d’Etat, ce moyen d’accéder au pouvoir servait à maintenir brandie l’épée de Damoclès. Après la Baule, on leur a substitué le spectre séparatiste. La tentative séparatiste de 1992 à Mohéli –la seconde depuis celle de Mayotte en 1975 – n’a pas fait long feu mais a inspiré la nouvelle stratégie de déstabilisation. L’on parle d’identification insulaire, de spécificités insulaires, de quota de répartition des postes politiques, de frustrations accumulées et bien sûr d’hégémonie des îles sur les autres, etc. En 1997, le test mohélien trouve à Anjouan, l’île réunissant tous les ingrédients – explosion démographique, dégradation sociale et économique – une déflagration aux effets dévastateurs.

Comme en 1975, devant ce nouveau risque séparatiste, les formations politiques ont privilégié leur opposition au gouvernement en place au détriment d’une union sacrée pour défendre la souveraineté nationale. Un opportunisme de plus qui confisque toute capacité de riposte à cette nouvelle crise sécessionniste – la troisième donc –-. Dans le vide laissé par la démission des politiques, la communauté internationale, l’Organisation de l’Unité africaine (actuelle Ua) en tête n’eut aucune peine à faire passer sa vision de sortie de “crise” et engage les Comores dans le cycle infernal de démantèlement/réconciliation/démantèlement qui aboutit à ce système politique éclaté. “Ce système d’une Union des îles, c’est ce qu’on nous proposait en 1973“, se souvient un leader de la première génération politique comorienne. Un aveu qui confirme que beaucoup des personnalités comoriennes savaient ce qui se tramait depuis trois décennies.

Acteurs ou seulement complices? Difficile de répondre à leur place. Leur silence les rend au moins coupables vis-à-vis des Comoriens qui ont payé un lourd tribut de l’instabilité chronique, le corollaire de tels atermoiements. Comment un peuple pouvait-il se construire un destin national quand ceux qui parlent en son nom ne sont que les relais locaux d’une oeuvre de déconstruction de son identité. Ailleurs, on les nomme des collabos. Chez nous ils surfent sur l’amnésie des Comoriens et continuent de prospérer sur un pays qui se meurt.

Kes

(1)Accords sur le processus d’accession de l’archipel des Comores à l’indépendance

dimanche 13 juin 2010

Interpellation de Me Larifou


Pour voir l'interpellation, --> cliquez ici <--

Sans commentaires !!!

dimanche 6 juin 2010

ET MAINTENANT ? par Mohamed Chaher.

Plus de 15 jours bientôt depuis que le 26 Mai est passé ! Dieu merci, le pays n'a pas été mis à feu et à sang comme le recommandaient certains de ses "responsables" politiques. C'est dire que le peuple comorien a une conscience de ses responsabilités plus grande qu'on veut souvent le faire croire ! En tout cas, et Dieu merci encore, ce peuple paraît plus responsable que ceux qui aspirent à le diriger ! Nous nous devons donc de le féliciter pour sa sagesse, particulièrement la population de Mohéli à qui s'adressaient les appels les plus incendiaires.
Non pas que les mohéliens sont satisfaits de la situation qui prévaut au jour d'aujourd'hui; mais ce n'est pas la destruction de leur île par ses propres enfants qui aurait mieux résolu le problème qui nous préoccupe tous, eux et nous , nous et eux .
Un problème qui pourtant attend des réponses simples puisqu'il ne s'agit que de la décision des exécutifs du pays de convenir ensemble des dates des élections pour désigner leur remplaçant.
Qu'est-ce qu'on n'a pas entendu comme réponses à cette simple question ? A les écouter, nous finissons par nous demander si ce pays, notre pays, a une Constitution, des Institutions, ou si au contraire chacun de ceux qui détiennent un pouvoir, minime soit-il, se croit autorisé à dicter au pays, au peuple tout entier, ce qui n'est que son souhait personnel de durer et de diriger ?
Depuis que je me suis remis à re-émettre un avis sur cette actualité, certains de ceux qui ont prétendu m'avoir lu, m'ont reproché d'abord d'être sorti de mon long silence comme si je leur manquais, de vouloir ménager le choux et la chèvre, d'avoir oublié "nos" révisions constitutionnelles passées, etc ...etc...
Ils ont oublié eux-mêmes que j'ai toujours dit ce que j'avais à dire quand j'avais quelque chose à dire, mais ma devise n'a jamais été de parler pour uniquement m'entendre parler ! Ils feignent d'oublier que être au pouvoir n'a jamais été une obsession pour moi qui, au contraire, ai plutot aidé d'autres à y arriver ! Ils confondent, quand ils les comprennent, les situations d'impasse constitutionnelle qui ont jalonné notre jeune histoire. Ils se ferment enfin les yeux pour ne pas voir que ce que je défends, ce n'est ni plus ni moins que le respect de la Loi et dans le cas présent , la Loi Fondamentale.
Je ne reviendrai pas sur les analyses déjà faites, mais je ne peux ne pas rappeler que notre pays est souverain, et on ne peut que le respecter surtout si ceux qui le dirigent le dirigent en respectant les Institutions que le pays s'est librement données. Ce rappel est pour appeler à plus de sérieux tous ceux qui n'ont pas peur du ridicule en appelant à droite et à gauche pour qu'on boycotte le pays, pour qu'on le chasse d'ici ou de là et je ne sais quoi encore; qu'ils constatent au moins et comprennent que leur appel ne saura trouver aucun écho, car la solution au problème est ailleurs ...
Et maintenant ? demandé-je . Ma réponse reste la même : que les Chefs des Exécutifs des îles et de l'Union se voient en responsables, en enfants des Comores, pour fixer les dates des élections harmonisées. On ne peut pas comprendre qu'ils aient besoin pour cela de passer des mois et des semaines de discussions vaines, de déplacer des émissaires pour venir d'Afrique et d'ailleurs pour leur faire comprendre qu'il faut qu'ils se mettent d'accord pour l'intérêt de leur propre pays !
Que de temps perdu ! pour n'arriver en fin de compte que là où on aurait pu arriver sans tous ces va-et-vient. Qu'on nous dise ce que le pays a gagné de ces mois de tiraillements ? qu'on nous dise ce qui en sortira d'autre que des élections harmonisées d'ici quelques mois.
Le pays n'a rien gagné, dis-je ! Au contraire, il aura perdu tout ce qui n'a pas été fait depuis qu'a commencé cette mauvaise littérature constitutionnalisante. Le pays a en particulier perdu de n'avoir pas parlé depuis tous ces mois, du problème de l'île comorienne de Mayotte. Nous attendions une réunion du Comité des 7 pour ce différend : personne n'en parle plus, alors que tout le monde, opposants et dirigeants, s'est déplacé jusqu'au siège de l'Union Africaine dont relève ce Comité.
Voilà un exemple de ce que nous fait rater cette fausse querelle de nos apprentis constitutionnalistes. Voilà pourquoi, j'invite à être plus sérieux, plus patriotes pour savoir ce qui est important pour le pays, ce qui est prioritaire et mérite la mobilisation de tous les enfants de ce cher pays.
Car l'élection d'un président mohélien se fera, car telle est la Loi aujourd'hui. Et parce qu'elle se fera, entendez-vous pour en fixer la date, pour de grâce, vous ateler pendant le peu de mois de pouvoir qui vous restent encore, à militer un peu plus pour l'intégrité et l'unité de notre pays, et pour le mieux-être de son peuple. Que la Communauté Internationale vous assiste pour cela et non pour seulement vous entendre entre vous-mêmes !
Retournez autant de fois que vous voudrez à Addis Abéba et ailleurs si c'est pour cette cause ! Personne ne vous en tiendra grief. Au contraire, on vous saura gré .